Les femmes sont assez nombreuses: il y a d'abord la marquise de Boufflers naturellement; puis ses sœurs, Mmes de Mirepoix, de Bassompierre, de Chimay, de Montrevel; ses nièces, Mmes de Caraman et de Cambis; puis la duchesse Ossolinska, la princesse de Talmont, la belle comtesse de Lutzelbourg, la comtesse de Linanges; Mmes de la Galaizière, de Lenoncourt, de Gramont, de Choiseul, de Raigecourt, des Armoises, de Lambertye; Mmes Alliot, Héré, Durival, etc., etc.

Nous ne parlerons pas des amis polonais du roi, on les connaît déjà; puis, peu à peu, ils perdent du terrain, et se montrent plus rarement à la cour.

Les Français et les Lorrains sont les vrais courtisans de Stanislas. Citons d'abord la Galaizière qui, en dehors de ses fonctions, est homme du monde spirituel et séduisant; son frère, le comte de Lucé, homme instruit, aimable, et que le roi affectionne tout particulièrement; sa bonté, sa complaisance, la douceur de son caractère l'ont fait aimer de toute la cour. Il est au plus mal avec le Père de Menoux, ce qui lui vaut l'amitié de Mme de Boufflers.

Le marquis de Boufflers, le mari de la favorite, cumule ses devoirs militaires dans l'armée française avec ses fonctions à la cour de Stanislas; aussi se trouve-t-il bien souvent éloigné de la Lorraine. On ne le voit à Lunéville qu'à de rares intervalles, mais personne ne se plaint de son absence et pour cause[ [71].

Le marquis du Châtelet, grand chambellan, est un vieux militaire, indifférent, tatillon, vulgaire et qui n'a aucun agrément dans l'esprit. Quand il n'est pas à l'armée, il vient à Lunéville, mais toujours seul, sa femme, la divine Émilie, refusant obstinément de le suivre. Elle a, nous le savons, d'autres occupations.

Le secrétaire du roi est le chevalier de Solignac[ [72]. Stanislas l'aime parce qu'il a été dès sa jeunesse uni à sa fortune et qu'il a partagé tous les périls de sa vie aventureuse. Élève de Fontenelle, Solignac aime les lettres, les arts et les cultive avec goût; il contribue beaucoup au charme de la cour. C'est un homme instruit, dévoué et discret. Stanislas l'a baptisé gaiement son «teinturier ordinaire», car c'est lui qui est chargé de corriger les élucubrations politiques du royal philosophe et de les mettre en bon français.

Alliot, conseiller aulique et grand maître des cérémonies de Lorraine, est l'intendant du palais. C'est un des personnages les plus modestes, mais peut-être le rouage le plus important de la cour. C'est lui qui règle toutes les dépenses, paye les serviteurs, maintient l'ordre et l'économie dans le palais; c'est grâce à lui que Stanislas, avec un revenu modeste, peut faire figure de roi et se livrer à mille fantaisies coûteuses sans contracter de dettes[ [73].

Enfin, il y a dans l'entourage intime de Mme de Boufflers: son frère, le prince de Beauvau; ses beaux-frères de Bassompierre, de Chimay; le chevalier de Listenay, Devau, Saint-Lambert, l'abbé Porquet, etc. Mais nous ne les citons que pour mémoire; nous en parlerons dans un prochain chapitre.

Ce ne sont pas seulement les personnages résidant en Lorraine qui font les délices de la cour; les étrangers, les personnages de passage, épisodiques, si l'on peut s'exprimer ainsi, contribuent pour une large part à l'agrément du cercle royal; ils y apportent l'imprévu et une agréable diversité.

C'est, à Lunéville, une succession incessante de visites, toutes plus agréables les unes que les autres.