Le Père de Menoux au contraire était soutenu par le parti français: il avait pour lui la reine de France, le dauphin, qui tous deux détestaient la maîtresse, la Galaizière, Solignac, Thiange, Alliot, beaucoup de courtisans et tous les fonctionnaires.
Ces deux partis se détestaient et se faisaient une guerre sourde et acharnée; tout l'art du gouvernement de Stanislas fut de maintenir la balance à peu près égale entre eux et d'obtenir une paix apparente qui le laissât jouir de la tranquillité à laquelle il tenait par-dessus tout.
Tout en ayant l'air de se tenir éloigné de toutes les intrigues et de laisser la maîtresse et le confesseur se débrouiller comme ils pouvaient, M. de la Galaizière soutenait secrètement le Père de Menoux.
La situation du chancelier n'était pas sans offrir quelque embarras. Il était, d'un côté, tenu à bien des égards vis-à-vis de Mme de Boufflers, quand ce ne seraient que ceux d'un galant homme vis-à-vis d'une femme qui a eu des bontés pour lui... et qui peut en avoir encore. D'un autre côté, comment aurait-il pu soutenir les philosophes, ces hardis novateurs qui menaçaient son œuvre et le troublaient dans ses projets de gouvernement?
Mais il y avait donc des philosophes à la cour de Lunéville? Presque autant que de jésuites.
C'est encore un de ces contrastes qui existaient dans l'âme du bon Stanislas; il était d'une piété étroite et rigoureuse et n'aimait rien tant que de causer impiété avec les aimables païens qu'il attirait à sa cour.
CHAPITRE IX
La cour de Lunéville: les Lorrains, les étrangers, les artistes.
Voyons rapidement quels sont les personnages principaux de la petite cour, ceux qui forment l'entourage immédiat et journalier du roi, ceux qui composent sa société intime.