Que vos odeurs soyent réservées.

C'est mon soleil: Suivez les mêmes lois,

Je n'ai d'autre printemps que l'heure où je la vois.

A peine arrivée, Mme de Boufflers revoit tous les chers amis d'autrefois; tous lui font fête à l'envi; ils s'efforcent de la distraire et de lui faire oublier les plaisirs de la capitale.

Elle a bientôt formé autour d'elle un petit cénacle charmant dont elle est l'âme et qu'elle anime de sa gaieté et de son esprit; d'abord, Mme de Lenoncourt, ravie de retrouver enfin l'amie que depuis si longtemps elle appelle de tous ses vœux; Mme Durival, la duchesse de Brancas, châtelaine de Fléville, Mme de Neuvron, le prince de Bauffremont, MM. Dumast, Marcel, de Chalabre, de Nédonchel, etc., etc.

Toute cette société vit dans une intimité extrême; ils sont sans cesse en visite les uns chez les autres, ils se voient presque chaque jour. La plupart ont déjà passé la soixantaine, mais l'âge n'a pu altérer leur gaieté ni diminuer leur goût pour les plaisirs de la société; les réunions, les soupers, les concerts, les fêtes intimes se succèdent sans interruption et, en dépit des ans, leur vie s'écoule le plus agréablement du monde.

On ne fera jamais assez ressortir la vigueur morale de toute cette société du dix-huitième siècle et la philosophie souriante avec laquelle tous acceptent les traverses de la vie. Ils ont été jeunes, ils ont aimé, ils ont été riches, heureux; tout cela n'est plus qu'un souvenir, mais qu'importe! A quoi bon gémir, se consumer en regrets stériles, protester contre l'inévitable, empoisonner sottement les quelques jours qui leur restent à vivre. Aucun d'eux n'y songe.

Leur grand art est de prendre la vie comme elle vient et de ne pas lui demander plus qu'elle ne peut donner. Nous allons les voir vieillir le sourire sur les lèvres, toujours aussi aimables, aussi charmants. Rien ne peut venir à bout de leur philosophie, ni l'âge, ni la pauvreté, ni les revers, rien ne peut leur faire perdre ce goût de la sociabilité et ce tour d'esprit si original et si gai qu'ils conservent jusque dans la pire détresse.

La principale installation de Mme de Boufflers est à Nancy, l'hiver; l'été elle réside à la Malgrange qu'elle doit à la libéralité de Stanislas. Mais la marquise est encore trop alerte pour mener une vie sédentaire et on la rencontre presque aussi souvent chez ses amis que chez elle. Tantôt elle est à Lunéville, chez Panpan; tantôt à Fléville, chez la duchesse de Brancas; tantôt chez Mme Durival, à Sommerviller; tantôt à Scey-sur-Saône, chez le prince de Bauffremont, etc., etc.