Mais les trois résidences qu'elle aime par-dessus tout et où son cœur l'attire particulièrement sont Lunéville, Fléville et Sommerviller.

A Lunéville, demeure Panpan, au no 23 de la rue d'Allemagne[ [83]. La maison est d'apparence modeste, mais charmante dans sa simplicité. Le vieux philosophe a installé dans la plus belle pièce du logis une nombreuse bibliothèque: c'est là qu'il vit, entouré des livres familiers et des portraits de tous ceux qu'il a aimés, de tous ses amis les plus chers. Aux murs de la vaste salle, en effet, sont suspendues les images du duc Léopold, du roi de Pologne, du duc de Choiseul, de Voltaire, du duc du Châtelet, du prince de Bauffremont, de Mlle Quinault, de M. de Lucé, de Mme de Graffigny, de Mme de Neuvron, etc.; sous chacun de ces portraits est gravé un quatrain de la composition du maître de céans.

Malgré le poids des ans, l'ancien lecteur du Roi n'a pas renoncé complètement aux joies de ce monde, et, s'il faut en croire les quelques vers qu'il a gravés lui-même sur la bergère de son cabinet, il éprouve quelquefois des retours de jeunesse qui ont tout lieu de le surprendre:

Vieillard dès mon été, presque dès mon printemps,

Je n'ai point connu la jeunesse;

Mais quelquefois ici malgré mes cheveux blancs,

A la voix du plaisir j'ai vu fuir la vieillesse.

De sa résidence de Nancy, la marquise s'échappe souvent pour venir passer quelques jours avec son vieil ami; le bonheur de Panpan est sans bornes quand il possède dans son humble demeure celle qui a été la grande joie de sa vie. Il écrit avec enthousiasme à ses amies de Lunéville:

«Arrivez donc, troupe brillante,

Venez voir mes jardins, au souffle du zéphir,