Sous les pas de Boufflers, chaque jour s'embellir;

Venez me voir jouir du bonheur qui m'enchante,

Venez voir à ses pieds votre ami rajeunir!

Quand la marquise et Panpan sont réunis, les heures s'enfuient délicieuses; ils revivent ensemble, avec ravissement, les années écoulées, et tous les chers souvenirs de cette intimité si douce qui les unit depuis près de trente ans.

Mme de Boufflers se montre du reste l'amie la meilleure qui se puisse rencontrer; toutes les marques de l'affection la plus tendre, de l'attachement le plus sûr, elle les donne sans cesse à Panpan; ce dernier est resté dans un état voisin de la gêne; sans hésiter et bien qu'elle-même vive souvent au jour le jour, elle lui ouvre sa bourse avec une simplicité touchante; tant qu'elle a un écu, il y en a la moitié pour Panpan.

L'ancien lecteur du Roi a auprès de lui une brave créature nommée Marianne, moitié servante, moitié dame de compagnie, qui le soigne avec le plus complet dévouement; c'est une femme intelligente, une femme de tête, et qui dirige à merveille ce grand enfant que Panpan est toujours resté. La marquise et Mme de Boisgelin se sont attachées à Marianne dont elles apprécient les rares qualités, et celle-ci, reconnaissante, s'éprend pour les deux amies de son maître d'une véritable passion. Elle les aime, elle les vénère; et quand elles arrivent à Lunéville, elle les accueille avec autant de joie que le vieux Panpan lui-même.

Mme de Boufflers ne va pas seulement à Lunéville chez son Veau, on la rencontre presque aussi souvent à Sommerviller, chez Mme Durival, «la Céleste», comme elle l'appelle.

Le mariage de Mme Durival, célébré en 1760, n'avait pas été, nous l'avons vu, des plus heureux; le caractère franc, énergique, entreprenant de la jeune femme n'était pas fait pour s'accommoder des chaînes du mariage; elle les secoua très vite et au bout de peu de temps elle vivait dans une complète indépendance.

Mme Durival est restée une des figures les plus originales de toute la société dont nous nous occupons. A une âme ardente et romanesque, elle joignait un esprit vif et brillant; sa conversation spirituelle éblouissait tous ceux qui l'approchaient. Le chevalier de Boufflers ne l'appelait jamais que «la charmante et sublime fée de Sommerviller».

Très intelligente, très instruite, aimant avec passion la littérature et la poésie, «bonne physicienne», Mme Durival était en relations constantes avec les philosophes, qui appréciaient la vigueur de son esprit; elle écrivit même à plusieurs reprises des articles pour l'Encyclopédie.