Enfin, le mois de septembre arrive et la réunion si ardemment souhaitée va avoir lieu; mais Mme de Brancas est assez pointilleuse sur les bienséances; avec elle il faut user de grands ménagements. Mme de Boufflers aurait voulu que Panpan vienne la chercher et l'on serait parti de compagnie pour se rendre à Fléville. Mais le Veau craint de choquer la duchesse. Mme de Boufflers n'en est pas moins radieuse de revoir son ami et elle lui écrit gaîment:

«Nancy, samedi matin.

«Mais vous êtes donc une grosse bête de venir me proposer le 2 septembre comme une nouveauté, tandis que c'est ma première proposition et que je n'ai parlé du 31 août qu'en second. Dites-moi aussi comment vous entendez qu'en partant de Lunéville avec la bonne Marianne, et tout le bataclan, vous ne descendriez pas à Sommerviller tout seul, et votre équipage continuerait par la route, sans s'arrêter. Cependant, comme ceci n'est fondé que sur le désir de vous voir deux heures plus tôt, si vous continuez à y trouver de la difficulté, je me rends.

«Vous irez fort bien d'ici à Fléville sans moi, et j'irai fort bien vous y rejoindre quand vous trouverez que notre comédie aura assez duré.

«Je pense que c'est demain la fête du château et qu'il serait décent d'y faire une visite. Cependant j'ai des Dumast et des Chalabre qui s'y opposent, sans compter que tant qu'elle aura Mme Zulm à demeure et Mmes de Lenoncourt et d'Haussonville presque tous les jours, elle ne se souciera pas plus de nous que de Piétre Mazarin. Je suis même d'avis qu'après le départ de Mme Zulm, il faudra lui faire tâter de la solitude pendant quelques jours pour donner plus de prix à votre jouissance.»

Panpan persistant dans ses idées, la marquise lui répond:

«Nancy, lundi.

(De la main de Mme de Boisgelin.)

«Mme de Boufflers cède à la délicatesse de son Veau et, pour que son voyage à Fléville ne perde rien de son mérite, elle le dispense du dîner de Sommerviller et lui conseille d'aller, le jour qui lui conviendra le mieux, directement de Lunéville à Fléville. Bien entendu que ce sera toujours le plus tôt possible, et qu'il me sera permis d'aller vous y voir au bout de quelques jours sous prétexte d'une visite à la duchesse. Ensuite vous déciderez de la durée de mon exil.

«Ne pourrions-nous pas aussi nous donner rendez-vous à Sommerviller sans offenser la duchesse qui ne saurait pas seulement si j'y étais.