«Mon Dieu, que je suis fâchée de la manière dont vous avez appris cette mauvaise nouvelle. Quoiqu'il n'y en ait pas de bonnes, il me semble que celle-là est la pire.

«J'ai été hier chez les Durival avec la duchesse. Mme Durival avait eu un peu de fièvre la nuit, mais elle était fort bien. Elle a même fait tout ce qu'elle a pu pour être gaie et Mlle de Juvincourt était très bien aussi. Je pense que la crainte qu'elles ont de s'affliger l'une l'autre les sert toutes deux, et qu'on se distrait en voulant distraire les autres. Enfin, il faut en revenir à se dire que, quand on a des amis, il faut ou les pleurer ou en être pleuré.»

«J'ai dit et lu à cette touchante Durival tout ce que vous me dites pour elle. Il me semble qu'on ne saurait trop montrer aux personnes qui perdent un ami qu'il leur en reste encore; c'est la vraie consolation. Quelque affligée qu'elle soit, je crains encore plus votre affliction que la sienne, parce que vous êtes plus faible qu'elle. Cependant sa perte est plus grande que la vôtre, car elle jouissait bien plus souvent. Je me disais hier en la voyant, qu'on ne sait ce qu'on admire le plus, de son courage ou de sa sensibilité; mais je vous assure que tout cela est bien touchant. Elle ira vous voir bientôt, peut-être irons-nous ensemble.»

Mme de Lenoncourt n'a pas pris moins de part à la perte qui les frappe tous, et elle exprime son chagrin à Panpan en termes charmants:

«Lundi.

«Je suis bien persuadée, mon Veau, que le plus grand malheur de la vie, le plus sensible et le plus irréparable, est la mort de nos amis et l'isolement dans lequel ils nous laissent. Et vous joignez à cela un retour sur nous-même qui ajoute à votre chagrin. Et moi, en pareil cas, c'est la vue de ma fin qui me console. Dans mes moments de bonheur, je ne crains pas la mort; dans mes moments de peine, je la désire. Je suis bien aise qu'à cet égard nous ne pensions pas de même, parce que cela me prouve que vous êtes plus heureux que moi.»

Au mois de décembre, nous retrouvons Mme de Boufflers à Fléville; elle n'est pas encore consolée d'une séparation qui lui pèse d'autant plus lourdement qu'elle a été plus heureuse. Elle écrit tristement à Panpan:

«Fléville, mardi, 10 décembre 1771.

«Bonjour, cher Veau, mes jours s'écoulent sans vous voir. La maudite bienséance me coûte cher.

«Le prince est parti avant-hier après avoir bien dîné et se portant bien, du moins en apparence.