Ces offres d'argent sont incessantes dans les lettres de Mme de Boufflers; elles étaient d'autant plus méritoires qu'elle était elle-même moins fortunée. Comme tous les gens de cette époque, elle avait le mépris de l'argent; dès qu'elle en avait, elle le dépensait sans compter et en faisait des libéralités aux amis dans le besoin.

Ce n'est pas seulement la marquise que néglige l'ingrat Panpan, il paraît oublier également Mme Durival, et son tort est d'autant plus grand qu'elle vient d'éprouver un grand chagrin. Mme de Boufflers lui reproche sa négligence en termes d'une rare délicatesse:

«Nancy, 15 janvier.

«Bonjour, cher Veau. J'ai reçu avant-hier l'almanach et M. Benoit. J'attends une occasion pour vous renvoyer le dernier qui m'a fort amusée.

«Il n'est plus question de maladie ici et la gelée a sûrement purifié l'air.

«Permettez-moi, mon cher Veau, de vous faire observer que vous négligez trop notre Durival. Quoiqu'elle soit bien sûre de vous et qu'elle ne se plaigne pas, je suis sûre que l'apparence seule de votre oubli lui fait de la peine, au moins si j'en juge d'après mon cœur. Ne me mettez pas à cette épreuve, mon bon Veau, j'ai besoin non seulement que vous m'aimiez, mais que vous me le disiez, parce que vous le dites fort bien, etc., etc.»

Certes la marquise est une correspondante fidèle, cependant Panpan, qui est fort exigeant, se plaint d'être abandonné. Elle lui répond doucement et se défend de l'oublier:

«10 février.

«Je vous assure, mon tendre Veau, que je n'ai pas encore passé trois jours sans vous écrire, bien à la hâte, à la vérité, ne disant rien de ce que je voulais dire, en commençant et étranglant le peu de mots inutiles que je dis. Telles sont ce que vous appelez poliment mes lettres.