Boufflers y rassembloit l'esprit, et tous les goûts.
Ils s'y seroient encor rassemblés près de vous!
Mais de ces tristes lieux, pour jamais exilées,
Les grâces avec elle, avec vous envolées,
Ont privé mes jardins de leurs plus chers appas;
Hélas! je n'y vois plus l'empreinte de vos pas
Sur le sable de mes allées![ [15].
Ainsi Panpan voyait avec terreur s'éloigner peu à peu tous ses amis, tous ceux qu'il avait aimés, qui avaient été les compagnons de sa vie, qui lui rappelaient les joies des années heureuses. Bientôt il allait se trouver seul, n'ayant plus d'autre distraction que de cultiver les fleurs de son jardin, les fruits de son verger. Pour comble d'infortune il restait dans une situation fort modeste, ayant à peine de quoi vivre. C'était le moment ou jamais de faire appel à cette philosophie dont il avait lui-même si souvent vanté les bienfaisants effets.
Dans sa détresse profonde, le pauvre Panpan avait-il au moins l'espoir de conserver celle qu'il aimait par-dessus toutes choses, sa bienfaitrice, la marquise de Boufflers? Si elle lui restait, c'était encore le bonheur.
Hélas! la marquise, elle aussi, songeait à s'éloigner. Douloureusement affectée par la mort de ce vieillard pour lequel elle éprouvait une ancienne et sérieuse affection, chassée de ce château où elle régnait depuis tant d'années, elle se trouvait dans la situation la plus pénible. En perdant le Roi, elle avait tout perdu, honneurs, privilèges, situation, et comme elle s'était toujours montrée pour elle-même d'un grand désintéressement, elle restait sans la moindre fortune. Tout son patrimoine avait été follement dissipé au jeu, et elle n'avait plus pour vivre qu'une maigre pension de 18,000 livres sur le trésor royal.