Le séjour de Lunéville lui était devenu odieux. Elle aussi voulait fuir ces lieux désolés, et elle parlait d'aller s'établir momentanément dans la capitale, près de son frère de Beauvau et de sa sœur de Mirepoix qu'elle aimait beaucoup, et qui y occupaient à la Cour comme dans la société une grande situation.

A la nouvelle d'un départ prochain, Panpan jetait les hauts cris. Une fois entraînée dans la vie de Paris, ne serait-elle pas subjuguée par les succès qu'elle y obtiendrait? N'allait-elle pas oublier son vieil ami? Reviendrait-elle jamais en Lorraine? Ainsi parlait Panpan avec sa connaissance de la nature humaine, et son cœur se serrait à la pensée qu'il ne reverrait peut-être plus celle qui avait été l'idole de sa vie.

Pendant l'automne de 1766, alors que Mme de Boufflers était encore hésitante, son frère de Beauvau lui écrivit qu'il allait venir avec la princesse passer quelques jours en Lorraine pour régler plusieurs affaires urgentes, et que de là il se rendrait dans son gouvernement du Languedoc où il aurait à séjourner plusieurs mois; il pressait instamment sa sœur de faire le voyage avec eux.

Mme de Boufflers ne cherchait qu'une occasion d'échapper à ses tristes souvenirs. Elle estima qu'un voyage dans d'aussi agréables conditions serait pour elle une précieuse distraction. Puis un changement de milieu, d'horizons, d'habitudes n'était-il pas le meilleur moyen pour elle de se ressaisir. Elle verrait ensuite à réorganiser sa vie et à prendre des résolutions définitives.

Elle écrivit donc à son frère qu'elle acceptait sa proposition avec reconnaissance et qu'elle se tenait prête à partir au premier signal.

CHAPITRE II
1766-1767

Départ de Mme de Boufflers pour le Languedoc.—Son séjour à Toulouse.—Correspondance avec Voltaire.—Mme de Boufflers à Paris.—Elle va prendre les eaux de Plombières.—Projets de voyage en Suisse.

Nous avons dit, dans les premiers volumes de cet ouvrage, ce qu'était le prince de Beauvau, ses rares qualités, sa droiture, sa loyauté, ses aptitudes militaires; nous n'y reviendrons pas. Personne plus que lui ne jouissait de l'estime et de la considération générales.

Nous avons raconté comment il avait perdu sa femme presque subitement en 1763 et comment, après un deuil de pure convenance, il avait épousé Mme de Clermont qu'il aimait depuis fort longtemps[ [16]. Cette seconde union, qui réalisait ses vœux les plus chers, tourna à miracle. Jamais on ne vit ménage plus tendrement uni, plus parfaitement heureux. Il fut à la fois, par sa rareté même, la gloire et l'étonnement du dix-huitième siècle.