Adieu, Piron, bon voyage.
«Quand vous me direz que vous avez reçu l'Épître à Horace, je tâcherai de vous envoyer la réponse d'Horace par La Harpe, qui nous la lut hier[ [101].
«Depuis que M. de Beauvau est à l'Académie, je vois souvent les gens de lettres, surtout La Harpe et Saurin, qui sont bien aimables dans des genres très différents.
«On dit hier qu'on avait enlevé la nourrice de M. le Dauphin et qu'elle avait été menée dans un couvent à Argenteuil, comme Héloïse; mais c'est pour avoir parlé à Mme la Dauphine du gouvernement.
«Vous savez que la duchesse d'Orléans est à Chanteloup.
«Lekain était chargé par Voltaire de nous lire Les lois de Minos telles qu'il les a faites, car on a exigé des changements pour les jouer. Je dis qu'il a permis qu'on nous les lût, parce qu'il a nommé à Mme du Deffant les personnes qui devaient l'entendre. Mais j'en ai peu profité, parce que Lekain vint tard et que j'étais priée à souper. Je fus obligée de sortir après les deux premiers actes qui ne me firent aucun plaisir. M. de Beauvau et Mme de Boisgelin, qui restèrent, disent que les trois derniers actes sont meilleurs, sans être bons.
«Adieu, mon cœur, je n'ose plus vous écrire qu'à moins d'une nouvelle. J'en demande partout et personne n'en sait.»
Chaque fois qu'elle faisait un séjour dans la capitale, Mme de Boufflers ne manquait jamais de rendre visite à sa vieille amie, la princesse de Talmont, qu'elle avait vue si longtemps à la cour de Lunéville.
Nous avons brièvement narré dans le premier volume de cet ouvrage les aventures de la princesse et sa passion pour le Prétendant. Après la mort de Stanislas, elle avait quitté la Lorraine et était venue habiter Paris[ [102].
Elle avait été fort galante dans sa jeunesse «pour se satisfaire elle-même», la vieillesse arrivant, elle était tombée dans la plus extrême dévotion, sans cependant renoncer aux souvenirs du passé: ainsi elle portait un bracelet avec l'image de Jésus-Christ; mais du côté opposé, se trouvait le portrait du Prétendant. Quelqu'un lui ayant demandé quel rapport il y avait entre ces deux portraits, la comtesse de Rochefort, qui était présente, riposta: «Celui qui résulte de ce passage de l'évangile: Mon royaume n'est pas de ce monde.»