Elle logeait au Luxembourg où elle occupait les grands appartements. Quand on pénétrait chez elle, on la trouvait dans une vaste salle tendue de damas rouge, ornée des portraits des rois de France et éclairée seulement par deux bougies; elle se tenait assise dans un coin reculé de la salle, sur une petite couchette, entourée de saints polonais. L'obscurité était si grande que les visiteurs avaient peine à se conduire jusqu'à elle, et qu'ils trébuchaient successivement contre un chien, un chat, un tabouret, un crachoir, etc.

A peine arrivée à Paris, Mme de Boufflers vint rendre visite à la princesse; elle ne devait plus la revoir; elle succomba en effet au mois de décembre 1773.

Elle avait, la veille de sa mort, ses médecins, son confesseur, et son intendant auprès de son lit.

Elle dit à ses médecins: «Messieurs, vous m'avez tuée, mais c'est en suivant vos principes et vos règles»; à son confesseur: «Vous avez fait votre devoir en me causant une grande terreur»; à son intendant: «Vous vous trouvez ici à la sollicitation de mes gens qui désirent que je fasse mon testament. Vous vous acquittez tous fort bien de votre rôle; mais convenez aussi que je ne joue pas mal le mien.» Après cela elle se confessa, communia et ajouta un codicille à son testament.

Elle mourut le lendemain. On prétend qu'elle avait fait faire une robe bleue et argent pour être enterrée, et qu'elle s'était fait coiffer avec une très belle cornette de point. Mais l'archevêque n'approuva pas ce luxe, et il fit vendre habit et cornette pour en faire des aumônes[ [103].

Le 1er janvier 1774, la maréchale de Luxembourg, suivant un usage immémorial, dînait chez Mme du Deffant. Au nombre des convives se trouvaient la marquise de Boufflers; son fils, le chevalier; Pont de Veyle, etc.

La maréchale avait pour habitude, chaque fois qu'elle arrivait chez sa vieille amie, de demander une chaise de paille pour poser son sac à ouvrage; puis elle appuyait ses pieds sur les barreaux. Après avoir offert à Mme du Deffant pour ses étrennes une tasse et six petites terrines d'argent «les plus jolies du monde», la maréchale, comme à l'ordinaire, réclame sa chaise. Aussitôt un laquais lui apporte une chaise de paille «garnie en housse de taffetas cramoisi, couverte devant, derrière, du haut en bas d'un très magnifique réseau d'or arrangé, ajusté, du meilleur goût du monde, et par-dessus une housse de papier blanc.»

C'étaient les étrennes de Mme du Deffant.

Au dossier étaient attachés ces vers de Pont de Veyle:

Air de Joconde.