«Vous êtes bien malheureux, mon cher Veau, que je sois ici depuis hier, car je sais moins de nouvelles, mais Mme la maréchale y est établie, et il faut, dans ce moment-ci, lui marquer de l'intérêt.
«Je ne sais plus si je vous ai mandé comment, un instant après la mort du Roi, M. de Beauvau, après avoir mené une partie des gardes du corps dans la salle du jeune Roi, était monté chez la maréchale, qui était dans le désespoir, et lui avait dit que si son amitié pouvait lui servir de consolation, il venait la lui offrir. Vous jugez que cela fut accepté avec transport.
«Le raccommodement avec Mme de Beauvau était plus difficile; aussi ne s'est-il fait qu'avant-hier. La maréchale me proposa d'aller avec elle, et cela se passa très bien de part et d'autre.
«Nous ne savons encore rien du conseil qui se tient aujourd'hui. J'attendrai jusqu'au soir pour savoir quelque chose de plus par les gens qui viendront souper.
«Il faut vous dire que la maréchale est traitée à merveille, même par les gens qui ne la voyaient plus à cause de la vie qu'elle menait. Le retour de M. de Beauvau la sert bien et est généralement approuvé.
«On espérait le retour prochain de M. de Choiseul, mais cela n'est pas encore décidé. Le Roi a répondu au prince de Conti, qui lui demandait la liberté de le voir, qu'il croyait devoir à la mémoire du feu Roi de ne pas changer aussi précipitamment ses dispositions.
«Vous savez par tout le monde le malheur de toute la famille du Barry[ [106]. Les deux femmes, qui sont filles de condition et très honnêtes, font pitié à tout le monde. Celle qui est Fumel[ [107] et qui était à la comtesse d'Artois, lui a écrit pour demander si, en reprenant son nom de fille, elle ne pourrait pas espérer de rester à son service. Cela lui a été refusé. L'autre est Tournon[ [108], qui a dix-sept ans, belle et sage comme un ange. Elle est au couvent avec sa tante qui ne l'aime pas. Elle est, pardessus la honte, pauvre comme Job.
«Madame Adélaïde a reçu les sacrements ce matin. Madame Sophie les recevra demain avec Madame Victoire qui se croit sûre d'avoir la petite vérole, parce que depuis deux jours elle a la fièvre, mal à la tête et aux reins, au cœur. Tout cela est resté à Choisy.
«Le Roi, ses frères et ses belles-sœurs et sœurs sont à la Muette jusqu'au 25 que le Roi va à Versailles pour le scellé et d'autres affaires. Il a parlé hier avec les ministres depuis 4 heures jusqu'à 9.
«Je crains de vous avoir adressé ma dernière lettre à Lunéville par habitude. Mais aussi pourquoi ne m'avoir pas averti que vous alliez à Nancy. J'ai bien de la peine à digérer cette négligence.»