Le 23 mai nouvelle lettre avec d'intéressants détails sur la Cour.
«Paris, ce 23 mai 1774.
«Je ne suis plus fâchée, mon cher Veau, si ce n'est contre l'abbé, et de ce que vous l'êtes de ce que je le suis. Entendez-vous bien tout cela?
«J'ai été hier à la Muette. Vous croyez peut-être que j'ai vu le Roi. Point du tout; je n'ai vu que son capitaine des gardes qui en est fort content, ainsi que de la Reine qui est plus charmante que vous ne pouvez l'imaginer.
«Le Roi a dit qu'il remettait le joyeux avènement. Les uns disent que c'est une affaire de 15 millions, les autres de 54. Il paiera les dettes de l'État et une troisième chose que j'ai oublié, mais que vous savez parce que cela fera trois édits. Il a dit en même temps qu'il était obligé de laisser subsister les impôts à cause des dettes; qu'il en était bien fâché, et qu'il espérait que ce ne serait pas pour longtemps.
«On dit que dans un travail de plus de deux heures avec le contrôleur général il avait souvent répété: «Le point essentiel est le soulagement du peuple.»
«Voici une petite réponse de M. de Maurepas qui ne vous déplaira pas. Le Roi lui ayant demandé ce qu'il fallait faire pour maintenir la religion et les mœurs, M. de Maurepas lui dit: «L'exemple peut tout et la rigueur gâte tout.» Cela me rappelle que dans le temps de la paix, Mme de Pompadour, qui la traitait avec M. Stanley, disait cent bêtises, et M. Stanley dit un sortant: «Celle-ci ne sera pas fameuse par ses apophtegmes.» Il n'en faudrait pas beaucoup pour rendre M. de Maurepas fameux.
«On a fait sortir de la Muette trois pages qu'on croit qui vont avoir la petite vérole. Ils n'entraient pourtant pas chez le feu Roi, mais elle est dans l'air.
«Mme de Boisgelin avait décidé de rester à Choisy avec Madame Victoire, qui ne l'avait pas encore. Trois jours après elle a paru. Elles vont toutes assez bien, mais la plus avancée entre aujourd'hui dans le cinquième jour.
«On a donné à M. de Maurepas le logement de Mlle du Barry et à M. Thiery, valet de chambre du Roi, celui de Mme du Barry.