Quelques mois après Mme de Boufflers allait éprouver un grand chagrin.
Au mois d'août, son fils le marquis se trouvait en séjour à Chanteloup lorsqu'il tomba très gravement malade d'une fièvre maligne. En quelques heures son état fut jugé des plus graves et Mme de Choiseul, horriblement inquiète, envoya sans perte de temps un exprès à Mme de Boufflers pour la prévenir de ce douloureux événement.
Mme de Boufflers partit aussitôt pour Chanteloup; Mmes de Beauvau et de Boisgelin, et le prince de Bauffremont l'accompagnaient. La marquise eut encore la consolation de revoir son fils et de pouvoir lui dire un dernier adieu. Le malade succomba le 5 août, en dépit de tous les soins.
La douleur des Choiseul en perdant un ami si dévoué fut profonde et durable. Quant à Mme de Boufflers, elle partit pour Port-à-l'Anglais rejoindre sa sœur de Mirepoix et chercher auprès d'elle des consolations à la perte cruelle qu'elle venait d'éprouver.
Pendant que le malheureux marquis succombait inopinément à Chanteloup, son frère, le chevalier, tombait gravement malade à Vassy, en Lorraine; il fut pris lui aussi d'une fièvre violente et l'on eut pendant quelques jours les plus vives inquiétudes. Heureusement pour lui il était aimé d'une comtesse de Salles, qui abandonna tout pour courir à son secours; elle le soigna avec le plus complet dévouement. On put au bout de peu de temps le transporter au Vouthon, mais à peine y était-il arrivé qu'il retomba très gravement malade avec des accès de fièvre très longs et très rapprochés. Heureusement, Sanguil[ [109] était dans le voisinage, il accourut et il lui donna des poudres anglaises qui le sauvèrent, mais il fallut naturellement lui cacher le plus longtemps possible la mort de son frère.
Panpan avait pris part comme il le devait à la douleur de ses amis, et il leur avait écrit les lettres les plus tendres et les plus affectueuses.
Mme de Boisgelin était accourue au Vouthon dès qu'elle avait appris l'état du chevalier. C'est de là, qu'elle répond à Panpan:
«Ce 19 septembre 1774.
«Je ne doutais pas, mon cher Panpan, de vos regrets particuliers et de la part que vous prenez à notre douleur. C'est mourir au milieu de la vie et de tout ce qui semble la défendre. Il était sage et fort, mais rien n'y fait. Il avait peut-être des défauts qui l'empêchèrent de plaire, mais des qualités qui le faisaient aimer. Le fond de son cœur était excellent. Jamais il n'y a eu de meilleur ami, ni même de meilleur frère, et je sens à cette heure, mieux que jamais, qu'en cela je l'égalais.