Comme tout changerait d'aspect si Panpan venait y habiter!

Toutes ces dames raffolent plus que jamais du vieux lecteur, c'est à qui l'attirera, à qui le possédera, et quand, à force d'instances, il consent à venir passer quelques jours chez l'une ou l'autre de ses amies, il est choyé, entouré, remercié comme s'il avait accordé la plus précieuse faveur.

Mme de Lenoncourt aime Panpan profondément et son rêve serait de l'arracher à Lunéville pour le faire venir à Nancy. Ainsi ils pourraient vivre ensemble et elle serait parfaitement heureuse. Il n'y a presque pas de lettre où la pauvre femme ne fasse allusion à ce rêve qui lui devient plus cher tous les jours: «Si vous m'aimiez comme je vous aime, écrit-elle, nous ne nous quitterions jamais.»

Un autre jour elle lui dit encore:

«Je vous aime tendrement et je vous aimerais encore mieux, si je vivais avec vous... Venez, ma vache, nous ferons de bonnes causeries le soir au coin du feu, nous rirons, nous nous amuserons...»

Mais le Veau ne se montre guère plus sensible aux invites de Mme de Lenoncourt qu'aux reproches de Mme de Boufflers.

Il aime son chez lui, ses petites habitudes, le coin de son feu l'hiver, ses fleurs l'été, ses «commères» et ses «compères», comme il nomme ses amis de Lunéville, ceux qui se réunissent chez lui presque chaque jour pour «potiner» sur les uns et sur les autres. Ce «commérage», qui ferait horreur à Mme de Lenoncourt, rend le Veau parfaitement heureux et il ne s'en cache pas. C'est en vain qu'on le prie, qu'on le supplie, il résiste aux plus pressantes instances.

Exaspérée de son entêtement, Mme de Lenoncourt lui écrit en colère:

«Je voudrais que la peste tuât tous vos compères et vos commères... Je voudrais que Lunéville vous fût odieux, je voudrais que rien ne vous y amuse, je voudrais que vous y eussiez autant d'ennemis que de compères, vous viendriez demeurer avec moi et alors nous serions heureux tous les deux. Mais mon Veau n'est qu'une bête qui tombe dans l'apathie et qui n'a pas l'esprit de s'en tirer.»

Quand il reçoit de Nancy des supplications trop pressantes, le Veau prend tous les prétextes possibles pour les éluder: il est trop vieux, il se sent fatigué, il a la goutte, il fait trop froid, il fait trop chaud, il n'a plus d'esprit; sa garde-robe est en piteux état; pourquoi ses amies ne viennent-elles pas le voir?