«Mme de Boufflers trouve fort convenable la maison de Mme Thibaut; il n'y a qu'à moi qu'elle ne convient pas. Je déteste votre Nancy. Voilà mon bonheur en vraie déroute. Je le regrette d'autant plus que je ne puis vous dire combien la marquise est adorable ici. Je ne lui ai pas encore vu un instant d'humeur, quoique indisposée et mal à son aise de toutes façons dans mes nids à rat; elle est en vérité incomparable.
«Elle trouve vos couplets charmants pour moi. Ils me paraissent si bien faits que je crains que ces belles rimes n'aient été un peu reteintes par le teinturier de madame la duchesse.
«Adieu, madame la marquise, voilà bien de l'écriture pour un pauvre malade qui vous aime autant que s'il était sain. Adieu, adieu, je suis à vos pieds comme toujours, en les baisant de tout mon cœur.
«Marianne est charmée que vous soyez contente de vos serviettes. Elle sera toujours à vos ordres. Elle vous prie de ne pas vous presser pour l'argent, vous paierez quand vous voudrez.»
Quelques jours après Mme de Lenoncourt est de retour à Nancy, mais elle s'inquiète de la santé de ses amis, le froid augmente, et elle redoute pour eux les rigueurs de la saison. Elle écrit à Panpan pour lui recommander les précautions:
«Lundi.
«Quel diable de froid! il me semble que je n'en ai jamais senti de pareil; mettez la marquise dans du coton et vous dans vos trente-six bonnets. Je m'ennuie comme un chien, personne ne peut communiquer par ce maudit temps-là, parce qu'on ne peut aller ni à pied, ni à cheval; je voudrais bien que nous fussions enfermés tous trois dans une bonne chambre bien chaude...»
Panpan, absorbé par Mme de Boufflers, ne répond pas aux aimables objurgations de son amie. Il ne se décide à écrire que pour envoyer en quelques lignes ses souhaits de bonne année; en même temps il raconte qu'il a un accès de goutte et il ne dissimule pas l'effroi que lui cause cette vilaine maladie. Mme de Lenoncourt, assez piquée de son silence, lui répond cependant avec indulgence et bonté:
«Nancy, le jour de l'an.
«Il est vrai, le Veau, que vous m'avez assez maltraitée, mais comme je mets toutes vos rigueurs sur le compte de vos égards pour Mme de Boufflers, vous pouvez vivre en paix avec votre conscience sur l'assurance que je vous donne de ne me choquer ni contre elle ni contre vous. Vous me dites que vous m'aimez, cela me suffit, et pour vous en marquer ma reconnaissance, je vous garderai le secret et je vous aimerai aussi. Ne doutez pas que je ne vous souhaite plus de santé, plus de tranquillité, plus de plaisir et de bonheur qu'à moi, et que je ne reçoive vos vœux en prose avec plus de plaisir que les vers de qui que ce soit au monde. Je sais que vous en avez fait de charmants, mais je n'en ai pas vu la queue d'un.