«Je ne suis pas aussi ennemie de la goutte que vous. Quand elle commence jeune, c'est une horrible maladie pour la vieillesse et dont on périt infailliblement, mais quand elle vient tard, c'est une petite infirmité qui n'est jamais ni fort douloureuse, ni dangereuse et qui garantit de toutes les autres. Si vous étiez bien persuadé de cela, vous ne vous inquiéteriez pas comme vous faites, à moins que ce ne soit pour vous donner un air de jeunesse.»

Après un très long séjour à Lunéville, Mme de Boufflers revient à Nancy, et sa première visite est pour Mme de Lenoncourt. Ne faut-il pas revoir cette amie si chère sans perdre de temps et lui donner des nouvelles de Panpan.

A peine s'est-elle éloignée que Mme de Lenoncourt mande au Veau:

«Nancy, le 3 mai.

«Mme de Boufflers m'a trouvée entourée de toute ma famille, mon cher Panpan; ma maison en était si pleine que je ne conçois pas comment tout cela y a tenu. Vous croyez bien que j'étais fort affairée pour leur en faire les honneurs; les petits enfants surtout m'occupaient sans cesse; ils sont si bruyants, si remuants, si pétulants que je n'osais les perdre de vue. Votre lettre est arrivée au milieu de ces embarras et la marquise a voulu se charger d'y répondre. Maintenant que je suis tranquille, je ne me crois point quitte envers vous, car je les connais, les réponses en deux mots qui ne répondent point; j'en ai gémi pendant son séjour à Lunéville; moi je suis moins laconique, j'ai beaucoup de choses à dire à mes amis, et si la paresse ne m'interrompait pas, j'écrirais des volumes et puis je n'aurais pas tout dit.

«La marquise dit qu'elle vous a laissé plus aimable que jamais, que vous êtes gai et que vous vous portez bien. Pourquoi vous déprisez-vous toujours? Je la crois de préférence à vous et je m'attends à vous voir beau, charmant et traînant tous les cœurs après vous.

«Adieu, ma vache, nous allons dîner à Fléville, Dieu sait comme j'y serai reçue. J'ai étrangement négligé la duchesse et vous savez qu'elle est fière. Je m'en tirerai comme je pourrai. Adieu encore une fois, mon vieux Veau, je t'embrasse de tout mon cœur.»

CHAPITRE XIV
1775-1776