Correspondance du chevalier de Boufflers avec Mme de Boisgelin.

A partir de l'année 1775 le chevalier de Boufflers entretient avec sa sœur, Mme de Boisgelin, une correspondance des plus suivies. Nous possédons un assez grand nombre de lettres du chevalier, malheureusement nous n'avons pas pu retrouver les réponses de Mme de Boisgelin. Nous le regrettons d'autant plus que, s'il faut en croire son correspondant, c'étaient des chefs-d'œuvre d'esprit et de finesse.

Si les lettres du chevalier ne se rapportent pas directement à notre récit, elles s'y rattachent cependant par bien des points, et puis elles sont si légères, si spirituelles, d'un tour si vif et si particulier, elles donnent si bien l'idée du personnage, qu'il serait dommage de ne pas les faire connaître[ [112]. On a dit: «Le style c'est l'homme.» Rien n'est plus vrai en ce qui concerne Boufflers. Quand on lit ses lettres, on le connaît. Le mot plaisant se trouve sous sa plume, irrésistiblement.

Son style est le fidèle reflet de son inaltérable gaîté et de toute l'originalité de son esprit.

Le mariage de Mme de Boisgelin n'avait pas mieux tourné que la grande majorité des unions de l'époque; soit par incompatibilité d'humeur, soit pour toute autre cause, le ménage s'était vite désuni; d'assez graves soucis d'argent étaient venus contribuer encore à troubler la paix intérieure, et les époux vivaient dans des termes au moins indifférents. Pendant que M. de Boisgelin résidait la plus grande partie de l'année à Rennes ou dans sa terre de la Bretesche, la comtesse demeurait, soit en Lorraine auprès de sa mère, soit à Paris chez sa tante Mirepoix, qui lui était tendrement attachée et lui offrait une fastueuse hospitalité dans son magnifique hôtel de la rue d'Artois. Elle y voyait la meilleure société de Paris et tout ce que l'ancienne et la nouvelle Cour comptaient de plus illustre et de plus brillant.

Boufflers aimait beaucoup sa sœur, et elle a été certainement un des grands attachements de sa vie. Il lui écrivait sans cesse et souvent lui adressait des vers assez gaillards; mais on sait que le chevalier n'était pas très réservé, et que, même avec sa mère et sa sœur, il avait souvent un langage des plus risqués.

En 1774, il lui envoyait en riant cette pièce:

Vivons en famille,

C'est le plaisir le plus doux

De tous.