«Paris, 24 février 1775.

«Vous savez que le chevalier croyait s'appeler Stanislas-Catherine. Dans l'extrait que vous avez reçu, il s'appelle saint Jean; et il croit (à ce qu'il m'a mandé) se souvenir distinctement que dans un extrait précédent, il s'appelait saint Louis.

«Tous les saints du Paradis ont voulu, apparemment, être les siens. Il devient cependant indispensable de remédier à cette erreur par une sentence ou un arrêt qui valide tous les actes passés par lui jusqu'à présent. Or, je pense qu'avant toutes choses, et pour procéder avec une parfaite sûreté, il convient qu'une personne intelligente, et qui sache lire au moins, consulte et voie de ses propres yeux le registre des actes de baptême de Lunéville. Nous n'osons vous prier de vous donner vous-même cette peine; mais vous pourrez charger de cette commission quelqu'un qui vaudra mieux que vous de toute façon, notre docteur Grapin, par exemple. Mme de Boufflers ne peut pas me dire l'année de la naissance de son fils. Le curé, qui est tout frais émoulu sur la connaissance de l'Extrait, saura tout de suite où le chercher, où le trouver. Répondez-moi tout de suite de votre côté.

«Adieu, mon cher ami, nous ne nous écrivons guères, et vous en connaissez les raisons de ma part, mais qu'est-ce qui pourrait vous faire plus douter de mon amitié que je ne doute de la vôtre?»

On voit que, par une perte de mémoire au moins étrange, Mme de Boufflers ne savait même plus l'année de la naissance de son fils!

Les démarches de l'abbé Porquet ne furent pas inutiles, le chevalier put enfin produire un extrait baptistaire régulier et il eut la satisfaction d'obtenir ce qu'il demandait, c'est-à-dire d'être inscrit sur les registres de la noblesse génoise.

L'hiver de 1776 fut déplorable au point de vue de la santé publique; une violente épidémie de grippe éclata à Paris dès le mois de novembre et elle dura plusieurs mois, causant de terribles ravages.

La maladie commençait par un rhume et un grand mal de tête, puis survenait la fièvre et en peu de jours le patient était à la mort. On se perdait en conjectures sur les causes de cette bizarre épidémie, on accusait le brouillard, le mauvais air, le vent d'est, etc.; les médecins avaient baptisé la maladie Influenza, mais à cela s'était bornée leur science, et ils essayaient de tous les remèdes sans le moindre succès. Du reste, ils étaient surmenés et ne savaient auquel entendre; il n'y avait pas une maison de la capitale qui n'eût une ou plusieurs personnes frappées; la mortalité était effrayante.

Mme de Boufflers, qui, suivant son habitude, passait quelques mois d'hiver chez sa sœur de Mirepoix, n'échappa pas à la maladie régnante; mais fort heureusement, elle ne fut que légèrement atteinte.

Tressan, qui se piquait de posséder des connaissances médicales, prétendait avoir trouvé un remède souverain contre cette terrible influenza, et il s'empressa de le recommander à la marquise: