«De Nancy.
«Mes lettres sont-elles enfin arrivées, ma chère enfant, et surtout n'y en a-t-il point trop, car je suis si porté à l'excès avec toi que j'ai peur même de te trop écrire.
«Pour mettre une fin à mes lettres, je prendrai bientôt le parti de t'aller trouver. J'avais cru d'abord que j'attendrais jusqu'à ta fête, mais il me semble qu'elle se recule tous les jours et j'espère que la vraie fête sera celle où nous nous reverrons. Si par hasard cette lettre-ci t'arrive à temps, réponds-moi à Scey-sur-Saône où je vais, pour me mander ta marche du mois prochain, parce que, indépendamment de l'intérêt que j'ai à ne pas perdre un des moments que je puis te donner, c'est pour moi un plaisir de penser à toute heure où tu es, et ce que tu fais; mon imagination a besoin de s'arrêter à quelque chose et de savoir où te prendre.
«Adieu, ma chère enfant, tu ne seras jamais et tu n'as jamais été aussi bien aimée que par moi. Je me réjouis de te le dire dans quelque temps mille fois mieux que je ne puis te l'écrire.»
CHAPITRE XV
1775-1778
Difficulté de retrouver l'acte de naissance du chevalier de Boufflers.—Épidémie d'influenza à Paris.—Le remède de Tressan.—Mme de Mirepoix se casse la jambe.—Mme de Boufflers loue la Malgrange à son fils.—Le chevalier sous-loue un pavillon à M. de Bauffremont.—Le prince de Beauvau à Plombières.—Son séjour à Ferney.—Voltaire à Paris.—Sa mort.
Pendant l'année 1775 notre correspondance est vide d'événements marquants.
Nous n'y relevons qu'un incident assez plaisant qui concerne le chevalier de Boufflers. Son frère, le marquis, avait obtenu autrefois le diplôme de noble génois, en raison des services éminents rendus à la République par le duc de Boufflers. Après la mort du marquis, le chevalier sollicita l'honneur d'être également inscrit au livre d'or de la noblesse génoise. La République ne se refusa pas à lui accorder cette faveur, elle lui demanda simplement de produire son extrait baptistaire. Cette formalité, si simple en apparence, souleva la plus étrange difficulté; tous les extraits obtenus portaient des prénoms différents, mais pas un seul ceux de Stanislas-Catherine, qui étaient les véritables noms du chevalier.
L'abbé Porquet, chargé de débrouiller cette affaire compliquée, ne crut pouvoir mieux faire que de s'adresser à Panpan pour obtenir enfin un extrait conforme à la réalité. Il lui écrivait: