«Fouillez dans la poche du vicomte, mon cher enfant, vous y trouverez vingt-huit louis dont vingt-cinq vous appartiennent, et prenez même les trois autres pour me les garder.

«Soyez sûre que si vous êtes jamais aussi riche qu'aimable, je vous emprunterai beaucoup et je ne vous rendrai rien.

«Ma mère vous mande de ne point oublier le contrôleur général. Elle va faire vos commissions et vous fait dire que Mlle Moutier est mieux et qu'elle fera votre domino.»

Boufflers ne faisait du reste nul mystère des motifs qui le retenaient si longtemps hors de la capitale:

«Ce 31 octobre.

«Il serait bien mal à ma grande sœur d'avoir oublié qu'elle commençait à m'aimer un peu à mon départ de Paris. Moi qui y retourne dans peu, je vais recommencer à l'aimer beaucoup.

«Je comptais revenir beaucoup plus tôt et, si je m'en étais cru, je ne serais pas même parti, mais l'année a été orageuse pour mes finances et je suis venu y mettre tout l'ordre qui peut entrer dans des coffres vides.

«Je crains bien, mon cher amour, que votre fortune ne vous ait abandonnée et qu'il ne vous en reste que l'habitude du gros jeu. Je voudrais, ou que vous restassiez aussi heureuse que vous, ou que vous devinssiez aussi sage que moi. Mais nous raisonnerons mieux de cela quand je vous verrai, et surtout nous nous embrasserons mieux que je ne vous embrasse d'ici.

«Adieu, ma grande serpente. Si vous me répondez, mandez-moi pourquoi ma mère ne me répond pas et baisez-lui les pieds de ma part.»

Avant de revenir à Paris, Boufflers se rendit encore chez le vieil ami de sa mère, le prince de Bauffremont, à Scey-sur-Saône, où il fit un assez long séjour. Il annonce à sa sœur son prochain retour et la joie très grande qu'il éprouvera à la revoir: