«Je ne me porte plus si bien depuis ton départ; si tu avais emporté ma santé, je ne me plaindrais pas. J'ai des maux de tête, des vapeurs et surtout j'ai besoin de revenir à Paris, car je m'ennuie comme un mort.

«Mille hommages à madame la maréchale. Si j'aimais Dieu autant que je l'aime, je serais une petite sainte Thérèse.

«Dis bien des choses au souverain de la Corniche. Tu sais que c'est le chemin d'Antibes à Gênes.»

De la Malgrange, le chevalier se rendait sans cesse à Nancy; il fréquentait la société, et entre temps, pour exercer ses talents, il s'amusait à peindre au pastel les plus jolies personnes de ses amies. Un jour il reproduit les traits de la comtesse d'Haussonville, et c'est la vieille marquise de Boufflers elle-même qui se charge de mettre une légende au portrait. Elle compose ce quatrain:

Le madrigal et la satire

Trouveraient à la peindre un embarras égal;

Il n'est pas plus aisé d'en dire

Assez de bien, qu'un peu de mal.

Ce n'était pas uniquement pour son plaisir que le chevalier prolongeait ainsi son séjour en Lorraine, mais aussi et surtout par raison d'économie. Ses ressources étaient fort limitées, ses dépenses considérables, et il se trouvait le plus souvent réduit aux expédients. Quand ses créanciers devenaient par trop menaçants, il prenait le grand parti, il allait faire une retraite à la Malgrange; il la prolongeait plus ou moins suivant ses nécessités pécuniaires. Lui-même plaisantait sur sa misère; il écrivait à sa sœur en lui remboursant quelques louis qu'elle lui avait avancés:

«A Choisy.