«Adieu, vous savez si je vous aime. Mettez-moi aux pieds de Mme la maréchale et dites-lui que le moyen le plus sûr qu'elle ait de me faire sa cour est de se bien porter.»

Mais le chevalier n'est pas homme à rester longtemps en place; et puis ne doit-il pas profiter de son séjour pour surveiller ses intérêts, visiter ses abbayes, voir sa famille et ses amis. Il se met donc à courir le pays dans une jolie petite vinaigrette où il se trouve fort à son aise, même pour y passer la nuit. Partout il est accueilli à merveille, car partout il apporte la gaieté, la joie et le contentement. En route, il trouve encore le temps de tracer à sa sœur quelques lignes de souvenir et d'affection:

«Ce jeudi 3.

«Je me porte bien, ma bonne grande fille, et les deux nuits que j'ai passées sur les chemins dans la jolie petite vinaigrette que tu as honorée de ta présence ne m'ont pas fait plus de mal que si c'eût été dans mon lit.

«J'ai été reçu ici comme un petit Dieu. Veuille le grand Dieu que cela se soutienne. J'ai vu mon frère Philips avant tout; sa femme est accouchée hier au soir, je la verrai demain[ [116].

«Adieu, embrasse bien tendrement notre pauvre tante et ne manque pas, non seulement de m'écrire, mais même de m'avoir écrit de ses nouvelles.

«Adieu, je te baise un peu fort.»

Enfin, après bien des pérégrinations, bien des déplacements, Boufflers va s'installer dans son domaine de la Malgrange, et c'est de là qu'il écrit encore à Mme de Boisgelin:

«Ce 6 octobre.

«... Je suis triste, j'ai appris hier au soir en arrivant que le pauvre la Jeunesse s'était cassé la jambe d'une chute de cheval; elle est remise, mais il en a pour six semaines, encore ne sera-t-il sûr que dans ce temps-là s'il sera estropié ou non. J'ai été le voir ce matin; il est à Parville, chez sa femme, dans une petite maison fort propre; sa chambre était bien balayée, et bien arrangée, son lit bien fait, ses draps bien blancs; cela m'a un peu raccommodé avec la pauvreté, que je croyais toujours dégoûtante. Il me semble que rien n'empêche d'être heureux dans une maison de paysan, il suffit d'y avoir ce qu'on aime.