(De la main d'un secrétaire.)
«Je n'ai que le temps, pendant que je mets mes bottes, de prier ma chère sœur de chercher l'adresse de M. Perrein, avocat aux Conseils, et d'y envoyer sur-le-champ pour le prier de lever à l'instant l'arrêt qui m'accorde la haute justice sur la Malgrange, et de me le faire parvenir sans aucun délai, parce que la chose est de la plus grande importance.
(De la main du chevalier.)
«Je t'écris par mon secrétaire,
Je t'embrasse par procureur.
Ce que par moi je fais, ma chère,
C'est de t'aimer de tout mon cœur.»
A l'automne de 1776, le chevalier se rendit en Lorraine pour voir sa mère et en même temps s'occuper de ses intérêts. A peine arrivé, il écrit à Mme de Boisgelin:
«Lunéville, ce jeudi.
«Enfin, après beaucoup de traverses essuyées sur les grands chemins, me voici dans la maison maternelle, où j'ai été reçu comme un bon fils par une bonne mère. Elle se porte bien, mais elle est inquiète de sa fille et de sa sœur; moi, je n'ai pas d'inquiétude, mais je suis bien empressé d'avoir des nouvelles; nous les voudrions exactes et détaillées; ce sont deux conditions embarrassantes pour vous qui êtes bornée aux parties sublimes; il n'est question à Nancy et à Lunéville que d'une lettre aussi grande, aussi légère et aussi charmante que vous. J'ai dit que vous étiez à ce sujet-là de l'avis de vos lecteurs et que je vous en avais entendu parler avec beaucoup d'éloges; au reste que vous vous êtes fait en province une réputation qui étonnerait tout Paris. Moi, je ne suis étonné que de ce qu'elle n'est pas plus grande et plus générale.