Sabran, il venge son injure.

N'ayant pu troubler ton cerveau,

Il s'en prend à ta chevelure.

Fort heureusement pour le frère et la sœur, cette touchante idylle fut brusquement interrompue, ce qui permit au pacte de durer au moins quelques mois. La France venait de promettre des secours aux insurgés américains et la guerre menaçait d'éclater entre le cabinet de Versailles et celui de Windsor.

Il était question d'un débarquement sur les côtes d'Angleterre, et dans ce but l'on décida de réunir en Bretagne toute une armée. Le régiment de Chartres, que commandait en second Boufflers, fut désigné pour se rendre à Brest et le chevalier reçut l'ordre de l'y rejoindre.

Donc Boufflers dut quitter sa sœur chérie; ce ne fut pas sans larmes, sans désespoir, le frère et la sœur s'aimaient si bien! mais il fallait obéir. L'on se promit naturellement de se garder une foi éternelle et de s'écrire souvent pour tromper les rigueurs de l'absence.

Mme de Sabran est une des plus charmantes figures du dix-huitième siècle, c'est une créature délicieuse toute de passion, de charme, de tendresse, et si sensible, si femme, si aimante! Ses lettres sont exquises. A chaque ligne tombe de sa plume sans effort, à l'improviste, les pensées délicates, originales et d'un tour si heureux!

Il semble même qu'elle ait le don d'inspirer son correspondant, car jamais le chevalier n'a l'esprit plus fin que quand il lui écrit[ [128].

Ses lettres respirent la passion la plus vive. On sent qu'il aime Mme de Sabran à la folie, qu'elle est tout pour lui. Son cœur déborde d'amour, et il le lui laisse voir en termes exquis: chaque mot est une caresse, chaque phrase un acte de foi et d'amour.

Ces lettres sont si jolies, d'un sentiment si profond et si vrai, que nous ne pouvons résister au désir d'en citer quelques extraits; ils ne peuvent que contribuer à mieux faire connaître le caractère du chevalier: