«...Mon Dieu, chère sœur, quand vous reverrai-je? Je suis comme un avare éloigné de son trésor: à la vérité il n'en jouissait pas, mais il le contemplait toute la journée... J'ai laissé chez vous mes connaissances et mes goûts. Tout ce qui me plaît est resté avec tout ce que j'aime...»


«Écrivez-moi un peu, chère et charmante sœur; je ne vivrai que de votre souvenir. Les prédicateurs et même les métaphysiciens ne vous ont-ils pas dit que si Dieu oubliait un moment le monde, il tomberait dans le néant? Vous êtes ce Dieu-là, et moi, je suis ce monde; ne m'oubliez pas...»


«...Adieu, ma sœur; jamais ce que je sens au dedans, en traçant ce nom de sœur, ne pourra être rendu. Adieu; souvenez-vous du besoin que j'ai de votre amitié. Elle me charme sans me suffire; elle a pour moi le prix que la sécheresse et la soif donnent à une goutte d'eau.»


«...Avant de vous connaître, j'avais souvent senti de l'ennui, mais jamais de regret. Pourquoi vous ai-je vue si tard? Pourquoi faut-il vous voir si peu? Pourquoi l'absence est-elle si longue et la vie si courte?...»


«Laissez-moi vous dire, si je puis, tout le plaisir que m'a fait votre dernière lettre... Vous êtes comme cette pauvre Médée qui veut le bien et qui fait le mal; vous charmez, vous rajeunissez tout ce qui vous entoure, il ne vous manque qu'un Jason. Pour moi, je suis tantôt le bonhomme à qui vous rendez ses premiers ans, tantôt le vieux bélier dont vous faites un agneau, tantôt ce pauvre frère que vous mettez en pièces, mais je ne suis jamais celui que je voudrais être.»