«...Mon secrétaire arrive en ce moment avec une troisième lettre de vous qui me transporte de reconnaissance. Ne vous lassez pas, ne vous dégoûtez pas de moi, mon amie; jurez-moi que jamais vous ne vous dédirez de ce que vous me dites de charmant. Ce mot nécessaire, dont vous vous servez pour votre vieil ami, ne sortira jamais de sa pensée. Tous les rois de la terre se réuniraient pour me combler d'honneurs et de biens, qu'ils ne me feraient jamais goûter une joie comparable à celle que ce mot-là m'a causée. Je crois même qu'un triomphe m'en ferait moins, car la gloire ne nous vaut pas.

«Adieu, ma sœur; j'ai besoin de vous comme on a besoin d'air en été et de soleil en hiver. Adieu encore; je vous baise en bon père, en bon frère et en ami suspect.»


Si Boufflers a consenti à s'éloigner quand l'exil lui était si cruel, ce n'est pas qu'il soit poussé par l'ambition ou par un ardent désir de gloire; en vérité ce ne sont là que des prétextes, mais qui lui permettront de se montrer digne du bien suprême, de celui qu'il souhaite par-dessus tout, et que Mme de Sabran connaît mieux que personne.

Malheureusement, jusqu'à présent, il n'a guère eu l'occasion de montrer sa valeur. Toute son activité se borne à quelques déplacements; on l'envoie de Brest à Saint-Malo, de Saint-Malo à Landerneau, mais sans but, sans utilité, et il s'ennuie très fort.

«Je suis arrivé en grande hâte pour ne rien faire. Il n'est pas plus question de se battre en Bretagne qu'au couvent de la Visitation, et il paraît que nous en serons quittes, non pas pour la peur, mais pour l'ennui.»

Et il lance cette jolie boutade:

«Mourir n'est rien, se battre est assez joli, mais s'ennuyer est affreux.»

Mme de Sabran s'étant permis quelques plaisanteries sur ces guerriers qui passent leur temps dans les loisirs de la vie de garnison et se croisent les bras, son «frère» lui écrit:

«Landerneau, 2 mars.