«Mille choses de ma part à tout ce qui a la bonté de m'aimer, et ne cessez pas de vous informer si jamais les colonels de Bretagne auront la permission de revenir.

«Adieu, mon pauvre enfant, votre dernière lettre était le plus joli rêve enfanté par le plus doux sommeil, mais soyez plus éveillée une autre fois pour me mander des nouvelles.»

L'événement cependant ne tarde pas à donner tort aux pressentiments du chevalier. Il apprend tout à coup que le duc de Chartres a quitté Paris incognito et qu'il vient visiter son régiment. Il mande à sa sœur l'arrivée du prince:

«Landerneau, 15 juin 1778.

«Je suis dans les ennuis et dans les affaires jusqu'au cou, il faut que je loge et que je nourrisse M. le duc de Chartres qui arrive tout à l'heure, et je n'ai ni maison ni cuisine; tout ira à la volonté de celui qui lit dans les cœurs et dans les casseroles, car j'ai fait de mon mieux et s'il ne m'aide pas, je n'aurai fait que de l'eau claire.

«Tout le monde est effaré de notre arrivée ici; il n'y est pas plus question de guerre que de vendanges, et jamais il n'y aura eu d'armée aussi tranquille que la nôtre.

«Je vous donnerai des nouvelles au premier moment libre que j'aurai, en attendant comptez pour moi sur beaucoup d'ennuis et fort peu de dangers.

«Adieu, ma haute sœur, je vous aime de la tête aux pieds, cela s'appelle un grand amour.»

L'arrivée du duc de Chartres à Landerneau était cependant le prélude de graves événements. Une flotte de trente-deux vaisseaux et de huit frégates était réunie à Brest sous les ordres du comte d'Orvilliers et elle se prépara à prendre la mer. Le duc reçut le commandement d'une division. Boufflers sollicita vainement du prince l'autorisation de l'accompagner, il n'éprouva qu'un refus formel.

«Je suis bien fol d'aimer la gloire, écrit-il tristement, elle ne veut pas de moi. Le plaisir va bientôt être du même avis. Il faudra me mettre à la raison pour toute nourriture.»