Quand la flotte fut sortie du port, elle ne tarda pas à se rencontrer avec l'amiral Keppel, qui était venu au-devant d'elle. La bataille fut vive et sanglante, mais aucun vaisseau ne fut pris, et chacun se retira sans qu'il y eût un résultat définitif.
La flotte française rentra à Brest pour réparer ses avaries, et le duc de Chartres partit pour Versailles porter la nouvelle de ce que nous regardions comme une victoire.
Le duc fut reçu à Paris aux acclamations du public, mais cet enthousiasme fut de courte durée. On reprocha au prince de n'avoir pas compris un signal qui devait lui faire couper la ligne ennemie, et aux éloges succédèrent les épigrammes. Toute la campagne se borna à cet épisode assez insignifiant.
Quant à l'armée de Bretagne, elle continua son existence triste et monotone.
Enfin, au mois de septembre, Boufflers apprend avec une joie indicible que son long exil va se terminer et que son régiment est désigné pour tenir garnison à Douai. Ce n'est pas encore ce qu'il souhaiterait, mais il se rapproche de Paris, de Mme de Sabran, et sa joie est extrême.
Il obtient même un congé pour aller voir sa mère en Lorraine, et comme il doit forcément traverser la capitale, on le charge de dépêches pour la Cour.
Il écrit à sa sœur pour lui annoncer son arrivée et l'informer en même temps qu'il s'est arrêté à Rennes, chez son mari, où il a été fort apprécié.
«Samedi.
«Je suis tout près, ma fille, et j'arrive de loin avec une faim et une soif mortelles de te voir et de t'embrasser; si tu es à Versailles, fais-le-moi dire par Oblin, qui me précède pour s'en informer; ne me fais rien dire si tu n'y es pas.
«J'ai très bien réussi à Rennes, même dans la maison où tu réussis le moins; j'avais pris tant de crédit que si tu étais venue, je crois que je t'aurais fait faire un petit Boisgelin, qui aurait fait pièce à bien des petits Boisgelin. Dis à ta voisine, la dame d'honneur, que sauf l'honneur, je l'aime de tout mon cœur; je me souviens que la première vue doit m'en coûter un louis et je trouve que c'est bon marché.