En attendant, Mme de Boufflers consulte des cartes, prépare des itinéraires, et, comme si elle allait à la découverte de pays inconnus, elle interroge anxieusement ceux de ses amis qui connaissent la Suisse, sur l'état des chemins, les difficultés de la route, les ressources du pays, les auberges, etc., etc.

C'est à Panpan qui est resté à Lunéville que la marquise fait part de ses projets, projets qui ont pour lui un intérêt tout particulier, puisqu'il est arrêté, décidé qu'il sera du voyage. En même temps elle lui raconte les menus incidents de la vie de Plombières:

«Plombières, 30 juillet 1767.

«Mon cher Veau,

«Je suis bien étonnée de ne vous avoir pas encore écrit, car je n'ai pas encore cessé de penser à vous, malgré la foule qui m'environne. Il y a prodigieusement de monde ici, et comme je passe à peu près la journée chez Mme de Beauvau, je vois tout.

«Il n'y a que Mme de Gimel et moi dans notre maison; aussi y suis-je fort bien. Le pauvre prince qui était mal, et sans se plaindre, part demain matin, ce qui m'afflige fort.

«M. de Beauvau pense toujours au voyage de Genève. Quoi qu'il en soit je partirai vers le 8 ou le 10 août, et je vous attendrai autant qu'il vous plaira.

«La duchesse de Cossé arrive de Ferney. Elle a parcouru toute la Suisse. Vous croyez bien que je lui ai un peu parlé des chemins; elle dit, comme les autres, qu'ils sont plus beaux que partout ailleurs et que Voltaire est plus aimable et surtout plus poli que jamais.

«Nous voyons beaucoup ici le baron d'Holbach et M. de Tolosan. Le premier est un bien bon homme, et a, dit-on, beaucoup de connaissances; mais le second est parfaitement bon et parfaitement aimable.

«L'abbé de Mitri et sa sœur sont arrivées avant-hier, ce qui m'a fait faire une partie de trictrac à tourner, avec M. de Vaugrave. C'est la seule depuis que je suis ici et je n'y ai point du tout pensé, mais toujours à vous, mon bon Veau.»