Quelques jours après nouvelle lettre[ [22].

«Plombières, 3 août 1767.

«Mais, mon cher Veau, la tête te tourne donc?

«Mme la duchesse de Cossé a passé ici il y a quatre jours en revenant de Ferney. Tout le monde lui a fait des questions sur son voyage. On s'étonnait qu'une personne aussi délicate et qui a peur de tout, ait pu faire un voyage aussi considérable, car elle a été partout, hors dans les mauvais chemins, sur lesquels je l'ai questionnée à mon tour, en lui disant que j'étais sur le point de faire ce voyage, mais que j'étais retenue par la peur des précipices; qu'on m'avait bien dit qu'il n'y avait rien à craindre, parce que les chemins étaient fort larges, mais que j'en craignais même la vue. Elle m'a dit à cela qu'elle était tout de même et qu'elle avait une autre raison d'éviter jusqu'à l'apparence des dangers, ayant avec elle sa fille unique dont la délicatesse l'obligeait aux plus grands ménagements. Comme tu es mon fils unique, je ne saurais mieux faire que de te traiter comme Mlle de Cossé.

«Il faut vous dire encore que la duchesse m'a dit qu'il ne fallait pas aller voir le médecin de la montagne quoique tout le monde y fut; qu'elle n'avait pas osé l'entreprendre, quoique ce fût un des objets de son voyage.

«J'écris au prince pour qu'il m'envoie des chevaux avec lesquels j'irai le 15 à Fléville, où j'attendrai qu'il vous plaise de venir avec Mme Durival, pour que nous allions tous ensemble chez Voltaire.

«Sur quoi je prie Dieu de vous tenir en paix.»

P. S. (de la main de Mme de Boisgelin).

«Bonjour, mon charmant Veau. Je t'aime de toute mon âme de cochon.

«J'ai bien peur aussi des chemins de la Suisse, mais malgré cela il faut bien marcher. Pourtant il me semble que nous ne sommes pas encore prêtes à partir.