A peine remise de la grave indisposition qui a tant alarmé ses enfants et ses amis, Mme de Boufflers reprend avec Panpan sa correspondance à bâtons rompus. Il est question de tout dans ces lettres, mais surtout du petit cercle intime dans lequel ils vivent, de Mme de Brancas, de Mme de Lenoncourt, de Mme Durival, de Thérèse, de Marianne, de Manon, etc., etc.; leurs moindres occupations prennent à leurs yeux une importance considérable et deviennent le sujet de longues discussions.
«Nancy, 15 juin 1778.
«Mon cher Veau, dès que tu parles de venir, tout est oublié et je me réjouis. Mais je voudrais bien savoir qui vous donne les airs de vous tourmenter comme si cela appartenait à tout le monde.
«Voilà la lettre de Mme L. M. de la Fare me mande qu'il compte venir lundi 19, dîner à Fléville. Si je lui envoyais le carrosse, en profiteriez-vous? Sur cela ne vous gênez pas, parce que je ne veux pas, pour quelques jours de différence, que vous m'arriviez de mauvaise humeur. Je veux mon Veau avec tous ses charmes, parce qu'il faut que je l'aime par-dessus tout.
«Savez-vous ce que fait votre Durival depuis ce matin? Elle collationne les mémoires de M. de Bellegarde avec M. Boutillier.
«Je suis en commerce de lettres avec M. Delisle, et il m'a envoyé des lettres pour vous[ [135].»
«Nancy, 24 juin.
«Voilà M. d'Autichamp[ [136] qui implore ma protection pour obtenir la grâce de louer votre maison jusqu'au 1er novembre. Je lui ai presque promis que vous y consentiriez.
«Ma Durival dit que vous êtes trop heureux de gagner 15 louis comme en dormant, tandis qu'elle ne fait que perdre son argent en veillant. Il faut vous dire qu'elle a pris un tel goût pour le jeu en général, et en particulier pour le reversi, qu'elle joue depuis dîner jusqu'à souper, et depuis souper jusqu'à minuit, de manière qu'on ne jouit d'elle que le matin.
«Adieu, mon aimable Veau.»