«Nancy, 12 juillet 1778.
«J'ai reçu hier votre lettre du 10. Je n'ai pas vu Mme Durival depuis, mais je sais déjà sa réponse: elle ne voudrait pas vous déranger.
«Elle a été hier matin voir la duchesse avec l'évêque de Saint-Dié[ [137], sans rester à dîner. Je la trouve fort changée et je crois que son bâtiment y contribue. Je pense que vous ne la verrez qu'à Sommerviller, car elle y serait déjà sans l'évêque, et elle part après-demain. Vous voyez que je vous ai pressé sans intérêt. Mais pourquoi m'aviez-vous dit qu'elle n'avait pas répondu à vos lettres?
«Il me semble aujourd'hui que je devais aimer mieux la folie de Marianne que toute votre raison qui n'est guère raisonnable. Pourquoi ne pas vivre à Nancy quand tout est cher à Lunéville?
«Comment n'êtes-vous pas inquiet de Chalabre qui ne me gagne rien du tout, quoique le Dumast soit toujours grande bredouille.
«Le prince a pris pendant trois jours des pilules, et ne croit pas qu'une médecine achève aucune guérison. Il est un peu moins souffrant.»
En 1778 la marquise fait part à son ami Panpan d'un événement qui pour elle a une importance considérable, le mariage de sa chère Thérèse, de cette femme de chambre qui ne la quitte jamais et à laquelle elle est tendrement attachée. Thérèse épouse un certain M. Petitdemange, d'une bonne famille du pays. La cérémonie est célébrée le 2 mars, à Saint-Nicolas de Nancy et le soir, touchant exemple de l'affection que les maîtres portaient à leurs serviteurs, la marquise offre chez elle un grand dîner en l'honneur des mariés. Pour ne pas se séparer de Thérèse, Mme de Boufflers prend M. Petitdemange à son service, elle en fait son intendant, son homme de confiance et... son professeur d'orthographe!
Panpan n'est pas toujours impitoyable et quelquefois il cède aux instances de son amie. Ainsi il vient passer auprès d'elle les mois d'octobre et de novembre: ce fut un temps délicieux pour la marquise, trop court, hélas! En décembre le lecteur regagne Lunéville. Mme de Boufflers est désolée. Autant elle éprouve de joie quand le Veau annonce son arrivée, autant elle ressent de chagrin quand il s'éloigne. Elle a la franchise de le lui dire:
«Nancy, 20 décembre 1778.