Mais Panpan se fait prier; il trouve qu'on ne manifeste pas un assez grand désir de le posséder.

Mme de Boufflers le morigène gentiment:

«Nancy, 4 juin.

«Et moi je vous dis que je n'ai pas été une seule fois à Fléville que la duchesse ne m'ait marqué beaucoup d'envie de vous voir, quelquefois, à la vérité, avec un peu d'humeur, comme soupçonnant que vous y viendriez le plus tard et le moins possible. J'ai toujours coulé du miel sur les paroles, et je puis vous assurer qu'elle a l'air de vous aimer beaucoup. Est-ce que, sans cela, le Cerutti vous aimerait tant? C'est peut-être, au contraire, l'amour de celui-ci qui est la cause et la preuve de l'amour de celle-là.»

Bien qu'il ne soit pas toujours aisé d'obtenir la visite du Veau à Fléville, Mme de Brancas a pour lui mille amabilités. Un jour, elle fait confectionner à son intention de délicieux macarons, et elle charge Mme de Lenoncourt de les lui faire parvenir. Mais hélas, elle avait compté sans les amies de la marquise. Quelques jours après, celle-ci, toute honteuse, doit avouer au Veau la «flibusterie exécrable» dont il est la victime; elle lui demande le secret, car la duchesse serait indignée et ne pardonnerait pas aisément.

«Je devais vous envoyer par le carrosse une boîte de biscuits et de macarons que la bonne dame vous avait fait faire avec le plus grand soin. Cette boîte attendait sur mon bureau. On m'a demandé ce que c'était: imprudemment je l'ai dit: «Ah! voyons! goûtons...»—«Ah! non! c'est à mon Veau.»—«Cinq ou six gueules fraîches se sont jetées dessus, on me l'a arrachée. Quand j'ai vu le pillage, j'en ai pris ma part. Bref il n'en est pas resté un seul!»

Cependant Panpan éprouve bien des préoccupations; M. Necker accomplit dans les finances de grandes réformes et le pauvre Veau se demande avec anxiété ce qui restera de son maigre revenu. Aussi quand Mme de Boufflers s'aventure à vanter les mérites du ministre, le Veau répond-il fort aigrement:

Que m'importe tout son mérite,

S'il ne me laisse pas de pain?