Au mois de septembre 1780, M. de Beauvau étant tombé assez sérieusement malade, il fit dire à sa sœur tout le plaisir qu'il éprouverait à la voir auprès de lui. Bien que l'état du prince ne fut nullement inquiétant et que la demande fût plutôt un caprice de malade, Mme de Boufflers n'hésita pas à partir sans délai; M. de Bauffremont s'offrit à l'accompagner, ce qu'elle accepta avec joie. La marquise fit ses préparatifs avec une telle précipitation qu'elle n'eut pas le temps d'aller dire adieu à Mme Durival. C'est Mme Petitdemange qui se charge d'aviser la «céleste», mais au dernier moment la marquise prend la plume et c'est elle-même qui achève la lettre:

(De la main de Mme Petitdemange.)

«Mme de Boufflers, qui part dimanche pour Paris, aurait désiré bien vivement de voir sa «céleste» avant, mais elle n'a pas de voiture, parce qu'on arrange la sienne pour le voyage.

«M. de Bauffremont est obligé de partir sans avoir vu Mme Durival et il charge le gros secrétaire de le lui dire.

«M. le prince de Beauvau n'est pas plus malade, mais il a tant pressé Mme de Boufflers de venir au Val qu'il ne lui a pas été possible de le refuser. Dans un mois elle revient.

«Si Mme Durival a des commissions, Thérèse demande d'en être chargée, car cette fois-ci son corps ne quittera pas son âme.

(De la main de Mme de Boufflers.)

«Il ne m'est guère possible d'écrire, mais il m'est absolument impossible de partir sans avoir un petit moment de conversation avec la plus chaude de mes amies.

«D'abord, il faut que je lui dise mon regret de partir sans avoir au moins la satisfaction de l'embrasser. Je m'étais flattée de passer cette journée-ci avec vous; M. Devau vous dira ce qui m'en empêche. Il vous dira quel plaisir je me faisais de passer l'hiver entre vous deux, car je me flattais que vous me rendriez une partie du temps que j'ai passé et perdu sans vous cet automne. Les instants qu'on passe avec vous, ma céleste amie, allongent cruellement ceux où l'on ne vous voit pas. Voilà ma profession de foi et le fond de mon âme.

«Mme Petitdemange ne vous dit pas que nous avions écrit à M. Marcel pour l'engager à venir passer l'hiver ici sans en prévenir le Veau et dans l'espérance que la compagnie de cet ami qu'il aime beaucoup nous le retiendrait plus longtemps. Nous en avons reçu hier une lettre par laquelle il nous mande qu'il est en chemin: il a fallu le dire à Panpan qui en a été charmé et qui va l'emmener à Lunéville jusqu'à mon retour.