«Imaginez-vous, mon Veau, mon désespoir de la savoir menacée à tout moment d'être tuée ou empoisonnée. Je respire seulement aujourd'hui, et elle m'aime encore, moi qui l'aurais menée à la mort. Je suis dans un transport de penser que je vais la voir, que je ne peux exprimer. Je ne me mêlerai jamais de rien. Mon fils se mariera s'il peut, mais sans moi.
«Adieu, mon Veau, je ne cesse pourtant encore de vous aimer.»
Qu'était-ce que cette pauvre, cette infortunée Mimie? Nous n'avons jamais pu le découvrir. Dans les centaines de lettres qui nous ont passé par les mains, nous n'avons jamais trouvé d'autre allusion à Mimie et à ses malheurs que les quelques pages que nous venons de citer.
CHAPITRE III
1768-1770
Séjour de Mme de Boufflers à Paris.—Ses relations: la maréchale de Mirepoix, la maréchale de Luxembourg, la comtesse de Boufflers-Rouvrel, la vicomtesse de Cambis, la comtesse de Boisgelin, Saint-Lambert, le prince de Bauffremont, Mme du Deffant, etc.—Évolution de la société.
Bien que depuis sa jeunesse Mme de Boufflers n'eût jamais fait à Paris de séjours prolongés, elle y était venue si souvent, soit avec le roi Stanislas, soit seule pour ses affaires ou les devoirs de sa charge, qu'elle y était presque aussi connue qu'en Lorraine, et qu'elle se trouvait aussi à l'aise à Versailles qu'à la cour de Lunéville. N'y retrouvait-elle pas, du reste, la majeure partie de sa famille, son frère, le prince de Beauvau; ses sœurs, la maréchale de Mirepoix, Mmes de Bassompierre, de Montrevel; ses nièces de Cambis, de Caraman; ses neveux le prince de Chimay, le prince d'Hénin, qu'on appelait aussi le nain des princes, à cause de sa taille; ses cousines, la maréchale de Luxembourg et la comtesse de Boufflers-Rouvrel, etc., etc.
Nous avons déjà eu l'occasion de citer ces différents personnages, mais ils vont maintenant intervenir si fréquemment dans notre récit, ils vont se trouver si intimement liés à la vie de Mme de Boufflers, que, pour l'édification du lecteur, il est nécessaire de tracer des principaux d'entre eux un léger crayon.
Nous connaissons déjà M. et Mme de Beauvau.
La sœur de Mme de Boufflers, la maréchale de Mirepoix, avait été charmante dans sa jeunesse et elle était alors aussi renommée par les grâces de son esprit que par le charme de sa physionomie. C'était la personne la plus naturellement aimable et la plus distinguée; elle était douce, modeste, facile, serviable, «éloignée de toute intrigue et du commerce le plus sûr».