Hors le moment où je m'ennuie:
Et je tiens ma tâche finie,
Pourvu qu'ainsi tout doucement
Je me défasse de la vie.
Mme de Boufflers et Panpan ne se contentaient pas de fréquenter le plus souvent possible le cher abbé, ils profitèrent encore de leur séjour dans la capitale pour aller visiter leurs anciens amis Saint-Lambert et Tressan; tous deux continuaient à résider dans la vallée de Montmorency; mais alors que le premier n'y séjournait que pendant la belle saison, le second y demeurait toute l'année. Ils y vivaient relativement heureux, malgré leurs infirmités, voisinaient beaucoup, causant du passé et de cette délicieuse cour de Lunéville qui leur avait laissé à tous deux de si précieux souvenirs. C'est bien d'eux que l'on pouvait dire:
Et ces deux vieux débris se consolaient entre eux.
Mme d'Houdetot contribuait beaucoup à augmenter la douceur de cette intimité[ [153].
«Vous avez entendu dire quel était pour nous l'agrément de vivre avec M. de Saint-Lambert et Mme d'Houdetot, écrit Marmontel, et quel était le charme d'une société où l'esprit, le goût, l'amour des lettres, toutes les qualités du cœur les plus essentielles et les plus désirables, nous attiraient, nous attachaient, soit auprès du sage d'Eaubonne, soit dans l'agréable retraite de la Sévigné de Sannois. Jamais deux esprits et deux âmes n'ont fourni un plus parfait accord de sentiments et de pensées. Mais ils se ressemblaient surtout par un aimable empressement à bien recevoir leurs amis. Politesse à la fois libre, aisée, attentive, politesse d'un goût exquis, qui vient du cœur, qui va au cœur, et qui n'est bien connue que des âmes sensibles.»
Il y avait un échange incessant de petits billets entre Sannois et Franconville. On se décochait mutuellement force compliments et gracieusetés.
«Je commence à croire que l'esprit ne vieillit plus, écrit un jour la charmante marquise à son voisin; vous êtes et vous serez une des preuves de cette vérité, si jamais elle peut s'établir.»