Quand il alla remercier M. de Nivernais, ce dernier lui dit spirituellement en le reconduisant: «Vous voyez, monsieur le comte, qu'en vieillissant on perd la mémoire[ [155].»
Mme de Boufflers avait toujours entretenu avec M. de Nivernais les relations les plus amicales et l'âge n'avait fait que resserrer des liens fondés sur une estime réciproque.
Le duc avait tout ce qu'il fallait pour plaire à la marquise, beaucoup d'aménité, un ton excellent, une grande finesse d'esprit, des manières nobles et douces, sans aucune afféterie, enfin une extrême galanterie avec les femmes de tout âge.
Il n'était pas dépourvu de prétentions littéraires et volontiers il taquinait la muse dans ses moments perdus; on a de lui des pièces fugitives d'un tour fort élégant et qui ne manquent pas d'esprit.
Mme de Mirepoix n'était pas moins liée que sa sœur avec le spirituel vieillard et toutes deux profitèrent de leur réunion pour céder à ses instances et aller faire un assez long séjour dans la magnifique résidence qu'il avait fait élever à Saint-Ouen et où il se plaisait infiniment.
Il y avait devant le château une immense terrasse dominant la Seine et tout autour s'étendaient à perte de vue des pelouses verdoyantes qu'égayaient la présence de petits moutons de Lorraine, plus ou moins enrubannés. C'était un don de Mme de Boufflers qui, en 1771, les avait envoyés au duc avec ce quatrain:
Petits moutons, votre fortune est faite,
Pour vous ce pré vaut le sacré vallon.
N'enviez pas l'heureux troupeau d'Admète,
Car vous paissez sous les yeux d'Apollon[ [156].