En 1780, Boufflers est toujours errant sur la côte; cette fois, il est en garnison à Dunkerque, et c'est de là qu'il écrit à Mme de Boisgelin:

«Dunkerque, ce 18 juillet 1780.

«La voix intérieure parle toujours et ta lettre la fait parler plus haut que jamais, mon enfant, car jamais je n'en ai lu d'aussi charmante, pas même de l'écriture de Mme de Sévigné. Je me porte mieux qu'avant d'être malade; l'air de ce pays me convient d'autant plus que je le respire moins que personne; je délaie celui de la ville dans celui de toute la province; c'est comme de mauvais vin où je mettrais beaucoup d'eau.

«Baise de ma part l'œil de ma tante, et s'il ne se porte pas absolument bien, contente-toi de le bassiner, parce que j'aurais peur que mes baisers ne fussent trop chauds, si j'en juge d'après le monde.

«Adieu, enfant chérie, je t'aimerai de quelque couleur que tu sois, je t'aimerai en perte ou en gain, mais je n'aimerai et ne bénirai la cause de tout que quand tu auras lieu d'en être parfaitement contente. Adieu, baise maman des Cars de ma part et dis-lui que je l'aime comme un enragé[ [163]

CHAPITRE XXI
1780

Goût persistant de Panpan pour la poésie.—Ses vers à Mme de Boufflers, Mme de Boisgelin, Mme de Bassompierre.—Joute poétique avec Mme Durival.

Panpan n'avait pas renoncé à cultiver les Muses; il semble au contraire que, la vieillesse arrivant à grands pas, il trouvait plus de plaisir encore dans ces jeux poétiques qui de tous temps avaient charmé ses loisirs. Ce n'est pas qu'avec l'âge ses vers deviennent meilleurs, hélas non! mais il éprouve tant de plaisir à les écrire qu'il lui faut pardonner. Et puis il est si modeste, et il se fait si peu d'illusion sur leur médiocre valeur. Personne ne se juge plus sévèrement que lui-même, et il plaisante sur son peu de mérite avec une franchise qui désarme la critique.

Agé de plus de soixante-dix ans, il faisait de sa vie, de ses déceptions et de ses malheurs, cette peinture moqueuse: