De 1781 à 1783 l'existence de Mme de Boufflers se poursuit paisiblement sans événements bien marquants. Elle se rend encore quelquefois à Paris pour voir sa sœur et son frère, mais ses voyages se font de plus en plus rares, et presque toute sa vie s'écoule maintenant en Lorraine dans un milieu cher à son cœur, où elle trouve autant d'agrément que de charme.

La vieille marquise supporte gaillardement le poids des ans, de ses soixante-dix ans; elle est toujours gaie, aimable, spirituelle, et plus que jamais elle traîne à sa suite son cortège de vieux adorateurs, Bauffremont, Panpan, Dumast, etc.

Son activité physique ne le cède en rien à son activité morale. Elle n'a rien changé à son genre de vie; elle est sans cesse en déplacement chez ses amis, à Fléville, à Sommerviller, à Scey-sur-Saône, à Lunéville; quand elle réside à Nancy, elle fréquente la société, va au spectacle, dîne en ville, soupe, reçoit, elle ne se donne pas un instant de repos. Il semble que l'âge reste sans action sur cette nature nerveuse et énergique.

Les soucis ne paraissent pas avoir sur elle plus de prise que les infirmités physiques. Ils ne lui sont pas épargnés cependant, et elle éprouve, peut-être le plus cruel de tous dans la vieillesse, la pauvreté. A mesure que ses besoins augmentent, que le bien-être lui est plus nécessaire, ses ressources financières diminuent, et elle est réduite aux expédients.

Mais la marquise est loin de prendre au tragique ses revers de fortune; elle vit au jour le jour, sans souci du lendemain. Elle plaisante elle-même sa propre misère quand elle écrit:

Sur l'air: Tous les hommes sont bons.

J'ai trouvé le moyen

En ne dépensant rien

De manger tout mon bien.

J'ai joué,