J'ai perdu;

Pour payer

J'ai vendu

Ma chemise.

Chez moi l'on ne verrait pas,

Même à l'heure du repas,

Nappe mise.

Si sa situation personnelle est précaire, Mme de Boufflers est-elle au moins plus heureuse du côté de ses enfants? A-t-elle la satisfaction de les voir dans une position brillante? En aucune façon. Son fils le chevalier n'a pas un sol vaillant; sa fille, Mme de Boisgelin, est complètement ruinée; tous deux sont la proie des dettes criardes et des créanciers.

Du reste cette situation lamentable n'altère en rien la bonne humeur des uns et des autres. Quand on n'a pas d'argent, l'on s'en passe, ou l'on fait des dettes, et c'est à ce dernier parti qu'ils s'arrêtent tous communément. Il y a dans cette société un tel besoin d'amusement, qu'il prime toutes les autres considérations.

En dehors des amis intimes que nous connaissons, la marquise trouve autour d'elle des personnalités fort agréables. Bien que déchue de son ancienne splendeur, Nancy n'en est pas moins resté la capitale d'une province et un centre intellectuel qui offre de précieuses ressources. L'intendant, M. de la Porte, et sa femme sont charmants; ils aiment le monde et donnent sans cesse des spectacles, des soupers, des fêtes. L'évêque n'est pas moins accueillant et ses salons sont renommés pour leurs brillantes réceptions. Il y a en outre dans la ville bien des personnes de distinction qui reçoivent avec plaisir. Partout Mme de Boufflers est invitée, recherchée. Outre son charme personnel, n'est-elle pas le représentant le plus brillant et la vivante incarnation de cette ancienne Cour qui a laissé d'impérissables souvenirs?