Mais il n'y a pas à Nancy que la société française; on y trouve une colonie étrangère très nombreuse et très distinguée.
Les Anglais, en particulier, se plaisent énormément en Lorraine; on voit tous les ans force insulaires fuir les brouillards de leur pays et installer leurs pénates dans l'ancienne capitale du roi de Pologne. Plusieurs sont de la plus grande distinction et leur présence contribue à apporter beaucoup d'animation et de gaîté dans les relations du monde.
Mme de Boufflers est particulièrement liée avec Mme Grenville, sœur de M. Pitt. C'est une femme infiniment aimable et d'un caractère très original. Elle a une bonne maison, un mari très sensé, homme de mérite, et une fille de quinze ans, jolie et bien élevée.
Mme de Boufflers passe la plus grande partie de l'hiver 1781 à Nancy, en compagnie de Mme de Boisgelin. Elle va seulement de temps à autre à Lunéville voir Panpan; il est toujours l'ami le plus aimé, et dès qu'elle s'éloigne de lui, c'est pour le regretter. Mais qu'elle soit à Nancy, à Fléville, à Saint-Germain, elle trouve toujours le temps de lui écrire.
(De la main de Mme de Boisgelin)...
«Nancy, 5 février.
«Je suis bien fâchée d'avoir tant pris de vos vilaines liqueurs, tout le monde les a trouvées détestables.
«Vous voulez des nouvelles, et moi je n'en sais point...
«J'ai eu un moment la tentation de partir avec Mme de Lenoncourt pour vous aller voir; mais je pense qu'il ne faut pas crever mes chevaux pour le plaisir d'un moment, quelque touchant qu'il soit pour moi.
«J'ai retrouvé ceci beaucoup plus gai que je l'avais laissé. J'ai été étonnée hier de la manière dont on a joué les Jumeaux vénitiens et les Caquets. Mmes de la Porte m'avaient engagée à aller avec elles. M. de la Porte, à qui j'ai fait des reproches qu'il ne vous répondait pas, m'a dit qu'il allait vous écrire.