«...Vous dites que ma lettre à M. de Marsanne n'est pas d'un mort; je ne le suis pas tout à fait; mais je sens que si je demeurais de suite en ce pays-ci, je mourrais d'inanition. Comment cela? Parce que mon cœur n'y trouve rien de ce qui lui convient. Il aime la vérité, et le monde la déguise sans cesse; il aime la bonté et presque tous les esprits sont devenus méchants; il aime l'équité, et de toutes parts je ne vois qu'injustice et partialité; j'aime le repos, ce lieu-ci est le tombeau des gens tranquilles; le bruit seul que j'entends me persécute; enfin j'aime l'indépendance, et ici il faut être ou martyr complaisant ou ridicule...»
Au mois de juin 1782, Mme Durival eut la douleur de perdre sa mère qu'elle aimait tendrement; elle en ressentit un chagrin profond et tout son entourage s'efforça d'apporter quelque adoucissement à ses regrets.
Mme de Boufflers, qui se trouvait à Nancy, prit une part très vive à la douleur de sa meilleure amie. A ce propos elle écrivait à Panpan:
«Vendredi, 2 juin 1782.
«Qui m'aurait dit que la mort de Mme Dufrène me donnerait un chagrin sensible? Je ne l'aurais pas cru, ni vous non plus, mon cher ami.
«D'abord j'ignorais combien ma pauvre amie lui était attachée. Ce que Mlle de Juvincourt dit de son état perce l'âme, et le mouvement d'amitié qui l'a portée à vouloir m'écrire, sans le pouvoir, m'a touchée jusqu'aux larmes.»
Panpan, très affecté du malheur d'une amie qui lui est chère, se montre des plus empressés auprès d'elle et il lui offre même, pour échapper à de pénibles souvenirs, de venir partager sa modeste demeure de Lunéville. Mme Durival n'accepte pas l'offre du Veau, mais, touchée de sa sensibilité, elle lui répond ces lignes touchantes:
«Nancy, le 15 mars.
«Ce n'est pas une réponse, mon cher ami, que je fais à votre charmante lettre, on ne répond pas à ces choses-là; par la même raison ne vous croyez point obligé de répondre à ceci. Je cède au besoin d'épancher un sentiment bien doux et je ne veux pas vous donner d'autre peine que celle de me lire. Vous avez une âme bien délicate et bien rare; il semble que vous teniez dans votre main toutes les fibres du cœur de vos amis. Vous y faites naître sans cesse de nouveaux sentiments de tendresse pour vous et de contentement pour soi-même, car on ne saurait sentir croître l'amitié qu'on a pour vous sans s'en estimer davantage.»
«Nancy, 5 août 1782.