«Notre Veau est attaqué de la goutte en ce moment. J'espère que l'attaque ne durera pas et qu'il viendra à Fléville. Quel bonheur de vous y voir réunis, lui, vous, et Mlle de Juvincourt!

«Votre dernière lettre me montrait en vous un fonds de mélancolie qui m'a saisie. Cette ligne de noir dont vous me parlez et qui vous sépare, dites-vous, de la société des vivants m'afflige. En perdant cette gaîté qui vous rendait si agréable à eux vous perdriez non pas la plus belle, mais la plus utile qualité de votre caractère[ [170]

CHAPITRE XXIV
1782-1784

Correspondance de Mme de Boufflers avec Panpan.—Mort de Tressan.—Le magnétisme.—Mesmer.—Les ballons.—Mort de Mme de Brancas.

En novembre 1782 Mme de Boufflers, malgré la rigueur de la saison, s'est encore décidée à faire le voyage de Paris; elle est installée au Val chez son frère; c'est de là qu'elle écrit à Panpan:

«Saint-Germain, 14 novembre.

«Je m'afflige tous les jours, mon cher ami, de ne vous point assez écrire, et surtout de ne pas vous dire un mot de ce que je pense et de ce que je sens à tous les instants pour vous. Il semble, depuis que je suis ici, que je sois forcée de ne parler que de ce que je vois et de ce que j'entends. Cependant je ne vois et je n'entends rien qui vaille mon bon Veau.

(De la main de Mme de Boisgelin.)

«Voici une proposition à laquelle je te prie de donner toute ton attention. Il faut me dire le temps que vous pouvez me donner à mon retour en Lorraine, pour que j'y arrive au moment où vous pourrez venir chez moi, et que je n'aie pas le mortel chagrin d'en perdre un moment; car c'est non seulement mon bonheur, mais c'est ma vie. Mon espérance est que vous viendrez d'abord après votre réveillon.