«Mon caractère, plus enclin à la mélancolie que le vôtre, embrasse avidement toutes les idées qui peuvent nourrir les regrets. J'ai passé les deux tiers de ma vie à regretter les biens que j'ai perdus. Ni le présent ni l'avenir n'ont jamais occupé mon imagination au point de la consoler. Comme vous avez plus de mouvement dans l'esprit, vous devez être plus esclave des objets et plus docile aux espérances. Vous êtes d'ailleurs entourée d'amies, elles composent pour vous une famille nouvelle, choisie par votre cœur et digne de vos vertus. Vos amis absents peuvent se reposer de votre bonheur sur Mlle de Juvincourt. Si quelque mauvais cœur refusait de croire à l'amitié, votre union suffirait pour le détromper et le rendre meilleur.
«Je suis chargé, de la part de Mme la duchesse de Brancas, de vous dire combien elle compatit à votre affliction, combien elle voudrait être à portée de l'adoucir, enfin combien elle sera charmée de vous revoir au mois de mars à Fléville.»
Quelque temps après, il lui écrit encore ces lignes vraiment étranges sous la plume d'un ancien jésuite:
«Paris.
«Il faut savoir subir les lois de la nature sans crier inutilement contre elle. Les choses sont ce qu'elles peuvent être et nous ne serons jamais ce que nous voudrons devenir. Je sais que des charlatans de toutes espèces ne cessent de nous flatter. L'un nous promet la vie éternelle, l'autre l'éternelle santé, l'autre la pierre philosophale, l'autre le règne de l'évidence...; mais ce sont des charlatans!»
Et il ajoute pour la détourner de chercher un appui dans la Providence:
«Il faut laisser le destin tranquille et ne pas mendier inutilement à sa porte.»
Les regrets de Mme Durival furent durables et elle resta longtemps inconsolable. Au mois d'octobre Cerutti lui écrivait encore:
«21 octobre 1782.
«On dit que Mme de Boufflers va partir pour Paris.