«C'est sur un petit air nouveau dont je ne sais pas le nom. Je te baise et prendrai pour enseigne: A la pareille.
«Mille et mille choses à la cousine et à Marie-Anne.»
En juillet 1783, arrivent de fâcheuses nouvelles de Paris. Mme de Boufflers apprend avec regret qu'un accident grave est arrivé à son vieil adorateur, le comte de Tressan.
Mme de Genlis résidait alors à Saint Leu avec les enfants du duc d'Orléans; elle avait l'habitude d'inviter Tressan tous les ans à la fête que lui donnaient ses élèves le jour de sainte Félicité, sa patronne; c'était le 10 juillet. Elle ne manqua pas à l'usage en 1783, et Tressan arriva avec un bouquet et quelques vers. Le soir elle lui offrit l'hospitalité parce que les chemins étaient détrempés par la pluie; mais il s'y refusa et il partit après le souper. Sa voiture versa et il reçut un violent coup à la tête. On crut d'abord à une simple contusion, malheureusement un abcès se forma et la situation fut bientôt des plus graves.
Quand on crut sa mort prochaine, Condorcet et quelques autres philosophes accoururent pour empêcher leur ami «de faire le plongeon», mais la famille et surtout l'abbé de Tressan intervinrent, ils firent fermer la porte aux intrus et, volontairement ou non, Tressan mourut chrétiennement, c'est-à-dire dans les sentiments dans lesquels il n'avait jamais vécu. Il s'éteignit le 1er novembre 1783, âgé de soixante-dix-neuf ans[ [175].
Bien que ses relations avec Tressan se fussent fort refroidies depuis quelques années, la marquise éprouva une assez vive émotion de la disparition du vieux paladin; ce n'est jamais sans tristesse et sans un fâcheux retour sur soi-même que l'on voit se rétrécir le cercle de ses amitiés et disparaître les gens avec lesquels on a passé une partie de sa vie.
En octobre 1783, Mme de Boufflers est encore à Paris auprès de son frère de Beauvau.
Pendant son séjour dans la capitale, elle assiste à toutes les extravagances du magnétisme. C'est Cerutti qui l'initie aux merveilles du Mesmérisme et qui l'entraîne à ces séances extraordinaires qui bouleversent tout Paris.
L'oisiveté des gens du monde avait eu pour résultat un état nerveux des plus singuliers. Nos pères étaient obsédés par une maladie qu'ils appelaient des vapeurs et que nous nommons aujourd'hui neurasthénie. Les femmes y étaient plus sujettes encore que les hommes, et vers la fin du dix-huitième siècle, beaucoup d'entre elles souffraient de maux de nerfs périodiques, qui dégénéraient en véritables convulsions. On était obligé de matelasser leurs chambres pour éviter les accidents.
Cette société était mûre pour accueillir tous les prodiges, toutes les absurdités. La manie de l'engouement gagnait toutes les classes; on se passionnait successivement pour les sujets les plus divers; en un mot, toutes les têtes se détraquaient.