«24 janvier 1787.

«Quelle horrible nouvelle à t'apprendre encore, mon cher mari! Tu viens de perdre une seconde mère! La pauvre Mme de Luxembourg vient de payer le tribut de ton second voyage. Je me réserve pour le troisième, car il faut une victime à chacun.

«Il paraît que sa mort a été fort douce, et qu'une paralysie générale a glacé tous ses sens en très peu d'instants...

«La mort de cette bonne et excellente femme répand une consternation générale; sa tombe est arrosée de larmes qu'elle avait si souvent essuyées, et le désespoir de ces pauvres malheureux dont elle était la consolation et l'appui, est une belle oraison funèbre...[ [189]»

Jusqu'au mois de juin 1787, nous ne trouvons dans la correspondance rien qui soit digne d'être noté. A cette époque, Mme de Sabran raconte à son ami une amusante visite qu'elle vient de faire à la maréchale de Mirepoix.

«28 juin 1787.

«J'ai été voir aujourd'hui ta vieille tante dans sa superbe maison; elle m'a montré un perroquet noir que tu lui as envoyé; il ressemble à mon avis à un corbeau. Mais elle m'a dit qu'il parlait fort bien. Comme il ne m'a pas fait l'honneur de m'adresser la parole, je n'en saurais juger par moi-même.

«Elle m'a parlé aussi d'un petit nègre que tu as envoyé à Mme de Blot, qui est un petit monstre à ce qu'elle dit, et horriblement mal élevé. Dès qu'il l'a aperçue, il a fait des cris horribles, et s'est jeté à terre avec les signes de la plus grande frayeur, tandis qu'il caressait tout le monde. On lui a demandé pourquoi? Il a répondu qu'elle lui faisait la grimace. La maréchale ne s'est pas doutée qu'il pouvait avoir quelques raisons pour la trouver différente des autres et lui a su fort mauvais gré de sa franchise.

«Cela fait frémir en voyant combien nous nous connaissons peu.»

Heureusement pour le chevalier sa santé se maintient excellente; il supporte parfaitement le climat assez malsain de la colonie et il peut se consacrer tout entier aux soins de son gouvernement.