«J'ai un grand mal de tête, je ne dors pas depuis quelques jours, mais j'espère dormir cette nuit et me réveiller guéri. Je voudrais dormir un an et me réveiller dans ta chambre, mais cela reviendra à peu près au même, excepté que mon sommeil pourra bien être un peu agité...
«Adieu, je t'embrasse de toute mon âme seulement, car elle est près de toi, et mon visage en est bien loin.
«Embrasse pour moi tout ce que tu aimes et surtout tout ce que tu aimes le mieux.»
Le 7, Boufflers arrive à Lorient, il est excédé de fatigues. Quelle est sa rage, sa fureur, en voyant qu'on n'a rien envoyé de Paris et que de tous les approvisionnements, de toutes les armes si solennellement promis, rien n'a été expédié.
Heureusement, les vents sont contraires. Ce retard forcé lui donne le temps d'écrire encore pour réclamer contre l'oubli dont il est victime. C'est surtout l'artillerie qui lui manque le plus, et il écrit le 13 décembre à son oncle pour le supplier d'intervenir: «Il y a dans le monde bien des choses respectables, lui dit-il, mais je ne connais que la force qui soit vraiment respectée.»
Le 15, les vents sont encore contraires, et toujours pas la moindre nouvelle de la fameuse artillerie. Le chevalier, qui est affligé d'un ennui mortel et d'une exaspération croissante, écrit encore à M. de Beauvau:
«Il n'y a pas en ce moment à Gorée une pièce de canon en état de tirer, en sorte qu'un corsaire anglais qui aurait bu un peu de punch pourrait nous insulter impunément.» Et comme il se rend compte de son importunité, il ajoute: «Je suis fâché, mon cher oncle, de vous étourdir de mon artillerie, mais je crierai jusqu'à ce que je puisse tonner.»
Inutile d'ajouter que Boufflers mit à la voile sans avoir reçu l'artillerie qu'il sollicitait si ardemment.
A peine le chevalier avait-il repris la mer pour retourner dans son lointain gouvernement, que la maréchale de Luxembourg, qui lui avait toujours donné tant de marques d'attachement, succombait à son tour. C'est Mme de Sabran qui se charge de lui annoncer le fatal événement: