CHAPITRE II
1786-1788

Lettre du prince de Beauvau à Mme Durival.—Panpan obtient une pension.—Mort de Marianne, de Mme de Bassompierre.—Craintes de Panpan pour ses pensions.—Sollicitude de Mme de Boisgelin.—Voyage du chevalier en Lorraine.—Il est nommé à l'Académie française.

La mort de Mme de Boufflers avait été pour Mme Durival un coup très douloureux. Elle avait beaucoup pleuré l'amie chère qui depuis tant d'années lui prodiguait les marques de tendresse et d'affection, et son âme sensible était longtemps restée inconsolable.

Peu de temps après la mort de la marquise, elle reçut du prince de Beauvau cette jolie lettre:

«Ma sœur m'avait trop souvent entretenu, madame, de l'intime amitié qui vous unissait pour qu'il ne doive pas m'être permis de vous prier d'accepter cette boîte qu'elle aimait et qui, par cette raison, vous sera chère. Si la maladie ne l'avait pas privée de l'usage de ses facultés, elle n'aurait sûrement négligé aucun moyen de vous rappeler son tendre attachement. C'est une consolation pour moi de faire ce qu'elle aurait fait, et si vous permettez que je la supplée, vous rendrez justice aux sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être madame, votre très humble et très obéissant serviteur,

«Le maréchal prince de Beauvau.

«Ce 9 août 1786».

A la lettre était jointe une boîte enrichie de diamants, précieux joyau de famille, donnée autrefois par l'impératrice Julie, mère de Marie-Thérèse, à la princesse de Craon. A la mort de la princesse, M. de Beauvau l'avait donnée à sa sœur, Mme de Boufflers, en l'accompagnant d'une lettre pleine de tendresse. Cette lettre était encore renfermée dans la boîte.

Certes Panpan, lui aussi, avait ressenti vivement la mort de Mme de Boufflers; mais il était arrivé à l'âge où l'égoïsme remplace bien souvent chez les vieillards tous les autres sentiments; puis, on a pu le voir au cours de ce récit, si la marquise adorait son «cher Veau», l'affection de ce dernier était plus mesurée. Il avait à ce moment de graves préoccupations pécuniaires et le souci de sa vie matérielle était arrivé à l'absorber presque complètement.